Voilà qu’émerge de la terre francophone canadienne, le Québec, un cinéaste ambitieux et talentueux, Denis Villeneuve. Alors que l’on parle de lui maintenant comme d’une figure montante de cinéma mondiale, Hollywood, retour sur le film indépendant qui l’aura fait connaître plus largement, Incendies. Film sombre issu d’une pièce de théâtre, le film retrace la vie d’une femme énigmatique ayant vécu l’enfer lors d’un conflit religieux du Moyen Orient, alors que l’on en sait précisément pas la provenance. Alors que la femme décède, ses enfants, une sœur et un frère jumeaux, partent à la recherche des vérités cachées dans le passé de leur mère, dans son pays d’origine. Douloureux, dramatique, le film de Denis Villeneuve, d’une construction relativement proche du classique de Clint Eastwood, Sur la route de Madison, ou encore du Patient Anglais d’Anthony Minghella, ne cessera jamais d’émouvoir de tout son long.
Certes, le film n’est pas parfait, parsemé de multiples longueurs narratives, mais évoque un cinéma puissant d’émotions que l’on peine à retrouver de nos jours. Rudement bien écrit, le récit torture de part les atrocités vécues par la mère et les atroces révélations faites aux enfants au fil du récit. Loin d’une société canadienne traditionnelle, le cinéaste québécois tente d’appréhender, avec un succès authentique, la notion sociétale de la famille au Moyen Orient. Alors que l’ethnie, la richesse ou la classe sociale n’a rien à voir avec le conflit civile en cours, Denis Villeneuve démontre simplement mais crument la réalité d’un conflit religieux intolérable alors qu’une scène aussi merveilleuse que douloureuse nous renvoie à nos copie. Oui, alors que des hommes masqués massacre un groupe d’innocent voyageur, Villeneuve ne manque pas d’y montrer, collés sur les fusils, des symboles chrétiens tels que les effigies du Christ et de la Vierge Marie.
Très loin de son Canada natal donc, mais très proche de l’authenticité et du réalisme qui régissent ces périodes sombres que vivent incessamment les pays du Moyen Orient, Denis Villeneuve livre une œuvre majeure, non pas triste ni même mélodramatique, mais proche d’un réalisme poignant et sans retenue. Non pas qu’Incendies soit un film dynamique, il en est à vrai dire tout le contraire, mais il s’agit là d’une œuvre étouffante de sincérité. Un travail laborieux pour le cinéaste alors que le drame de cette dame et des ses enfants était d’abord interpréter sur les planches, même si l’on peut se poser la question du comment?
Sans émouvoir inutilement, sans choquer pour le principe d’heurter le public, Villeneuve trouve le juste milieu pour mettre en scène ce dramatique film familial, excessivement sérieux mais sans prise de tête nécessaire. Un film authentique qui permet de comprendre l’engouement de la presse et du public pour Denis Villeneuve alors qu’aujourd’hui, tout le monde s’accorder à auréolé de gloire son dernier né, Prisoners. Superbe film un tant soit peu mou, pour inclure à ma critique un argument négatif. L’on pourra aussi regretter, mais cela n’est pas un défaut, des dialogues parfois difficile à pleinement comprendre du fait de l’accent canadien chantant des personnages. Je recommande donc, même en version originale, soit le français, d’y inclure les sous-titres, de toute manières très présents dans le film lorsque ça parle arabe. 15/20