J’avais découvert Hayao Miyazaki en 2014 avec « Le vent se lève » …enfin un cinéma d’animation visible en famille bien que déjà moins orienté vers un public jeune…Mon petit fils que j’accompagnais avait été déçu devant la VO et les sous-titrages et désorienté par une histoire dont l’arrière-plan historique et dramatique lui échappait. Hayao Miyazaki annonçait alors que c’était son dernier film…Dix ans après il revient avec « Le garçon et le héron » …Dans la salle en fin de journée et devant une version en VO, pas d’enfants mais des adultes…. Le vieux maitre livre ici une œuvre à plusieurs dimensions, entre la gravité historique abordée avec « Le Vent se lève », et la féérie du « Voyage de Chihiro ». Ils sont rares en nos temps perturbés, les poètes et les créateurs de légendes. Le dessin est époustouflant, la musique prenante, l’ambition évidente mais le film pèche par la complexité de son intrigue…Allers retours incessants entre plusieurs univers, multiplication des personnages …la compréhension du propos n’est pas toujours aisé… Là encore, il utilise le conte pour échapper à la solitude, à la rudesse du réel, à un désespoir, une lucidité grave qui fonde son inspiration, qu’il conjure par l’imagination. Souvent, ses héros sont marqués par le deuil. Le jeune Mahito ici ne fait pas exception. Sa mère est morte et son père l’envoie à la campagne, chez la sœur de celle-ci, qu’il a épousée en secondes noces. On est pendant la guerre.
La solitude du garçon est totale. Ses nuits sont parsemées de visions de sa mère défunte qu’il ne parvient pas à sauver des flammes. Il n’a plus de sourires et il n’a plus de larmes. Dans la grande maison où il vit désormais, entouré de vieilles servantes apeurées, il se retire du monde… Il est une vieille âme qui a vu trop de désastres dans un corps d’enfant. Il devra se réconcilier avec le monde, avec le temps, avec la vie.
Le spectateur partage exactement cet état d’esprit. Il ne s’agit pas de comprendre un monde, d’en saisir les allusions mythiques ou symboliques. Toutes les interprétations sont possibles dans cet univers fantastique…Il suffit de se laisser porter sans trop réfléchir. Car à trop analyser, on ligotera nos émotions. Il faut accueillir l’imaginaire sans discuter, ne pas le rationaliser, ne pas le rattacher à quelque chose de connu.
Le film prend une dimension presque métaphysique. Comment sort-on d’un deuil ? Comment accepte-t-on la mort et le chaos ? Qu’y a-t-il avant la naissance ? Comment sauver cette étincelle d’inspiration et de transcendance en nous qui rend tout supportable ? Comment on continue à vivre quand il n’y a plus d’espoir ?
Le film est à voir pour la poésie, l’incroyable beauté des couleurs… Et puis la nature, toujours majestueuse et toujours menacée par la folie des hommes… A chaque film Hayao Miyazaki dit quelque chose d’essentiel, ce qu’il y a de fragile, de désespéré, de lyrique et de beau dans notre condition humaine.
Est-ce son dernier film ?? l’avenir nous le dira …