A hauteur d'hommes. A hauteur de doutes.
Promised Land prend un sujet brûlant - l’extraction du gaz de schiste - et fait le choix salutaire de le traiter sans mégaphone. Pas de grandes déclarations, pas de démonstration à charge. Gus Van Sant préfère rester au plus près des visages, des silences, des hésitations. À hauteur d’homme, littéralement.
Il colle ainsi aux basques d’un duo de commerciaux incarné par Matt Damon et Frances McDormand, impeccables d'authenticité. Deux représentants qui avancent poliment, dossiers sous le bras, sourire de rigueur, prêts à négocier des terres comme on négocie des destins, facade d'une industrie que l'on sait loin d'être aussi "bien sous tous rapports". Le film parle bien sûr d’écologie et de capitalisme, mais surtout des gens pris entre les deux.
Et c’est là qu'il est le plus intéressant.
L’opposition ne se fait pas entre des gentils fermiers et de méchants industriels caricaturaux. Elle se joue entre des hommes et des femmes aux parcours différents, aux vies façonnées par leur éducation, leur environnement, leurs renoncements et leurs convictions. Les idées s’affrontent, mais ce sont surtout les existences qui se frottent.
La narration a la simplicité des grands espaces. Peu de rebondissements, pas d’effets de manche. Et pourtant, on ne s’ennuie pas une seconde. Chaque rencontre, chaque échange apporte une nuance supplémentaire. La première confrontation de Steve Butler avec les habitants de la ville est déjà révélatrice, avec l’arrivée inattendue d'une opposition incarnée par un vieil homme - Hal Holbrook, porte-étendard de la sobriété - qui vient fissurer les certitudes sans hausser la voix et redistribuer les cartes d'une victoire qui semblait si facilement acquise.
Victoire qui va encore s'éloigner à l'arrivée d'un certain Dustin Noble (succulent John Krasinski)
Et le film avance ainsi, tranquillement, d'un argument à une rencontre, d'une rencontre à un point de vue, jusqu’à un petit twist cynique et inattendu qui vient pimenter l’ensemble. Rien de spectaculaire, mais suffisamment pour rappeler que les cartes ne sont jamais distribuées aussi honnêtement qu’on le croit. Une pirouette amère, à l’image du réel.
Reste un léger regret.
Dans ses dernières minutes, Promised Land choisit de faire de son personnage principal un héros. Un choix qui referme le récit là où il s’autorisait jusque-là une forme d’imprévisibilité, cette impression que la vie, parfois, ne tranche pas aussi nettement. Le film perd alors un peu de cette ambiguïté précieuse qu’il avait su préserver.
Mais malgré cela, il demeure un film juste et posé. Un film qui parle d’un sujet complexe sans jamais le réduire mais qui préfère, pour notre plus grand plaisir, le doute aux certitudes, les visages aux slogans.