"Do you only know how to play or do you know how to shoot ?"
Avec une très longue scène d'ouverture quasi muette uniquement rythmée par quelques grincements récurrents (une goutte, une mouche, une éolienne rouillée), une des marques de fabrique de Sergio Leone, Il Était Une Fois Dans l'Ouest est avant tout un document artistique de tout premier plan, quatrième western spaghetti réalisé par celui qui en fut l'inventeur, et sans aucun doute son chef d'oeuvre en la matière. Si les très gros plans (qu'on se rappelle celui sur les visages lors du triple duel de Le Bon, la Brute et le Truand) sont toujours omniprésents, avec celui d'une femme ayant ici plus, beaucoup plus d'importance, ils ont gagné en fluidité, dans le passage de l'un à l'autre. Les scènes lentes, préludes souvent à exécution rapide, sont également plus tendues, plus musicales et, de fait, la musique d'Ennio Morricone a elle aussi gagné en envergure pour atteindre au sublime.
Il n'y a pas grand chose à jeter de ce film, référence visuelle et musicale totale, qui a influencé toute une génération de réalisateurs rebelles, de Spielberg et Scorsese à Tarantino. La distribution, portée par des interprètes illustres (Charles Bronson, Claudia Cardinale, Henry Fonda, Jason Robards) est, elle, mesurée, presque froide, comme pour illustrer l'aridité du décor et la rudesse des moeurs d'un temps presque révolu. On y retrouve, outre le personnage féminin nouvellement débarqué, un trio comme il y en avait déjà dans Et Pour Quelques Dollars de Plus et dans Le Bon, la Brute et le Truand. On notera que, comme dans la Trilogie du Dollar, l'un des héros ne porte pas de nom, là encore un classique chez Leone, qui cosignera également le scénario de Mon Nom Est Personne.
Un scénario plus complexe (Dario Argento, Bernardo Bertolucci, Sergio Leone) vient enfin servir de trame de fond à une fresque comme un adieu, tournant la page du western et d'une époque à la faveur de l'avancée du chemin de fer et d'une certaine idée de la civilisation. En témoignent les plans de foule autour de la construction de la gare et les paysages arides et déserts proprement typés western.
En résumé, en réalisant un film au cadre typiquement américain, Sergio Leone nous offre une oeuvre grandiose, visuellement parfaite, et une fresque sociale intelligente, à la manière des grands opéras romantiques italiens.