Il y a des westerns qui racontent une histoire, il y a des westerns qui rendent hommage à un genre, et puis il y a les 7 mercenaires, réalisé par Antoine Fuqua en 2016, qui arrive avec ses revolvers, ses chevaux, ses explosions et surtout sept types qui ont visiblement décidé que leur espérance de vie n'avait aucune importance. Et soyons honnêtes: parmi tous les westerns sortis depuis le début des années 1990, il est extrêmement difficile d'en trouver un qui réussisse aussi bien à retrouver l'énergie et le charme du western classique tout en lui donnant une modernité qui ne paraît jamais complètement artificielle. Pour moi, c'est tout simplement le meilleur western de ces trois dernières décennies, parce qu'il possède cette qualité devenue presque rare: il veut avant tout nous raconter une bonne histoire, nous présenter des personnages attachants et nous offrir, à la fin, une bataille tellement généreuse en coups de feu qu'on pourrait croire que la moitié du budget est partie dans les munitions.
L'histoire est finalement assez simple, mais c'est précisément ce qui la rend efficace: un village pauvre est menacé par un industriel richissime et particulièrement peu sympathique, et une femme décide de chercher de l'aide auprès de sept hommes capables de défendre les habitants. On retrouve évidemment la structure du film de 1960 et, indirectement, celle des sept Samouraïs, mais le film réussit à s'approprier cette histoire plutôt que de se contenter de la recopier. Le scénario prend le temps de réunir progressivement les mercenaires, de leur donner chacun une personnalité différente et surtout de faire comprendre pourquoi ces hommes acceptent de risquer leur vie pour des gens qu'ils ne connaissent absolument pas.
Et c'est là que le film est particulièrement intelligent: les sept hommes ne sont pas simplement sept cow-boys qui ont envie de faire pan-pan avec leurs revolvers. Chacun possède son propre passé, ses propres motivations et sa propre manière de considérer la violence, et leur réunion forme progressivement une véritable petite famille complètement improbable. On passe donc d'une simple mission de protection à quelque chose de beaucoup plus personnel, où ces hommes finissent par défendre un village parce qu'ils ont découvert qu'ils pouvaient encore servir à quelque chose. Et puis il faut reconnaître une chose: le film ne cherche jamais à faire croire que ses héros sont immortels. Dès que la bataille finale commence, on comprend que tout le monde peut y passer, et cette menace donne un véritable poids émotionnel aux scènes d'action.
Sam Chisolm est évidemment le leader du groupe, et Denzel Washington est absolument magnifique dans ce rôle. Il possède cette présence qui fait qu'il peut rester silencieux pendant trente secondes et donner l'impression que tout le monde dans la pièce vient de recevoir une convocation chez le directeur. Chisolm est froid, méthodique, extrêmement compétent et semble toujours avoir trois coups d'avance sur les autres.
Mais ce qui fonctionne particulièrement bien, c'est que Denzel Washington ne joue pas Chisolm comme une simple machine à tuer: derrière son calme se cache une profonde douleur personnelle, et cette dimension donne beaucoup plus de poids à ses actions. Il ne cherche pas seulement à accomplir une mission; il poursuit également une forme de justice personnelle, ce qui explique en partie son acharnement contre Bartholomew Bogue.
Joshua Faraday, interprété par Chris Pratt, qui semble avoir été créé spécialement pour empêcher le film de devenir trop sérieux. Faraday est arrogant, drôle, charmeur, joueur, provocateur et parfaitement conscient de son talent avec une arme, ce qui est probablement la manière la plus polie de dire qu'il possède une confiance en lui absolument démesurée. Mais derrière les plaisanteries et les petits sourires se trouve un personnage beaucoup plus touchant qu'il n'en à l'air. Faraday est un homme qui cache ses blessures derrière l'humour, qui fait constamment le malin parce que c'est plus facile que de montrer ses faiblesses, et Chris Pratt trouve exactement le bon équilibre entre le comique et l'émotion. Et sa complicité avec Vasquez est incroyable. Les deux passent leur temps à se provoquer, à se lancer des remarques et à rivaliser, mais on sent progressivement qu'une véritable amitié s'est installée entre eux. C'est une relation qui fonctionne parce qu'elle paraît naturelle.
Jack Horne, interprété par Vincent D'Onofrio, est probablement le personnage le plus surprenant du groupe, et surtout l'un des plus attachants. Au premier regard, on pourrait simplement voir en lui une gigantesque montagne humaine qui parle peu et possède une préférence assez marquée pour les armes capables de provoquer des dégâts importants. Mais Vincent D'Onofrio joue son rôle à la perfection. Horne est un homme solitaire, étrange, presque naïf par certains aspects, mais dot" d'une véritable bonté. Il possède une relation particulière avec la nature et semble beaucoup plus sensible qu'il n'en donne l'impression. Il n'est pas le plus bavard du groupe, mais ses quelques répliques sont souvent hilarantes précisément parce qu'elles sortent de sa bouche avec un sérieux absolu.
Et c'est justement pour cette raison que sa mort est la plus poignante du film.
Elle est brutale, injuste et surtout profondément triste parce que Horne est devenu l'un des personnages les plus attachants. Sa mort donne également l'impression que quelque chose disparaît définitivement du groupe: cette présence rassurante, ce géant qui semblait presque indestructible, disparaît au moment où on aurait justement voulu le voir continuer à vivre.
Le monsieur faisait la taille d'une armoire normande et même lui n'a pas réussi à survivre au scénario.
Vasquez est probablement l'un des mercenaires les plus amusants du groupe, et sa relation avec Faraday constitue l'un des meilleurs éléments du film. Il est constamment en train de provoquer Joshua, et les deux semblent avoir développé une sorte de compétition permanente dont personne n'a demandé l'existence mais dont tout le monde profite.
Et c'est précisément cette complicité qui rend les événements tragiques plus efficaces.
Vasquez possède également une personnalité beaucoup plus nuancée qu'il n'y paraît, notamment grâce à son passé et aux raisons qui le poussent à rejoindre Chisolm. Il apporte une énergie différente au groupe, et ses échanges avec Faraday donnent au film plusieurs de ses meilleurs moments comiques.
Que serait un western sans un méchant que l'on a immédiatement envie de voir perdre ? Bogue, interprété par Peter Sarsgaard, est exactement ce genre de personnage. C'est un industriel riche, puissant, manipulateur et complètement dépourvu de scrupules, qui considère les habitants de la ville comme de simples obstacles à ses ambitions. Il présente parfaitement la cupidité et l'exploitation, et le film prend plaisir à montrer son mépris absolu pour les gens qu'il considère comme inférieurs.
Ce qui fonctionne particulièrement bien, c'est qu'il n'est jamais rendu sympathique artificiellement. On comprend immédiatement qu'il est le problème. Peter Sarsgaard joue cette arrogance avec beaucoup d'efficacité, et la haine qu'on ressent envers Bogue rend
naturellement le dernier affrontement beaucoup plus satisfaisant.
La mort de Faraday est probablement la deuxième mort la plus poignante, juste derrière celle de Jack Horne. Parce que Faraday était justement celui qui apportait le plus de légèreté au groupe. C'était le plaisantin. Le charmeur. Et lorsque vient le moment de sacrifice, il abandonne complètement cette attitude pour devenir un véritable héro.
Le plus beau dans cette scène est qu'il sait parfaitement ce qui l'attend. Il ne part pas parce qu'il pense qu'il va survivre. Il part parce que quelqu'un doit le faire. Et lorsqu'il se retrouve face à ses ennemis, il conserve jusqu'au bout cette personnalité insolente qui le caractérisait.
Mais derrière l'humour on comprend qu'il est terrorisé. C'est le mélange entre peur, courage et humour qui rend sa mort aussi efficace. Et surtout, la réaction de Vasquez donne encore davantage de poids à la scène. Parce que ce n'est plus la simple mort d'un mercenaire. C'est celle d'un ami.
Et puis arrive la bataille finale. Et là, Antoine Fuqua décide apparemment qu'il a suffisamment économisé sur les munitions pendant les deux heures. Tout explose. Ça tire partout. Les habitants se battent. Les chevaux galopent. Les balles sifflent. Et parfois on se demande sérieusement si quelqu'un a pensé à compter le nombre de balles utilisées. Mais c'est exactement ce qu'on attend d'une grande bataille de western.
La mise en scène est spectaculaire sans perdre complètement la lisibilité de l'action, et surtout, elle permet à chacun des mercenaires d'avoir son moment. Ils combattent comme une véritable équipe, chacun utilisant ses compétences particulières. On retrouve cette sensation délicieuse du western classique où les personnages se déplacent dans un décor immense tandis que les coups de feu résonnent partout.
Le principal défaut du film reste son traitement inégal des personnages. Avec sept mercenaires, il est forcément difficile d'offrir à chacun la même profondeur, et certains sont beaucoup plus développés que d'autres. Le film possède également quelques facilités scénaristiques et certains ennemis semblent parfois avoir été recrutés spécialement pour servir de cibles aux mercenaires. À certains moments, les sept héros ont une précision tellement parfaite qu'on pourrait leur demander de remplacer les contrôleurs aériens de l'aéroport de Los Angeles.
Et évidemment, certaines scènes d'action demandent au spectateur d'accepter quelques énormes libertés avec la réalité, notamment lorsqu'on constate la quantité de balles que certains personnages encaissent
Mais honnêtement, on regarde un western, pas un documentaire sur la balistique.
Verdict: les 7 mercenaires est donc, à mes yeux, le meilleur western des trois dernières décennies. Il possède une histoire simple mais extrêmement bien pensée, des personnages suffisamment différents pour que le groupe fonctionne, un méchant qu'on adore détester, des scènes d'action spectaculaires et surtout une véritable dimension émotionnelle qui empêche le film de devenir une simple succession de fusillades.
Et c'est finalement ça qui fait la la réussite du film. Les 7 mercenaires ne cherche jamais à avoir honte d'être un western. Il assume totalement ses grands paysages, ses revolvers, ses duels, ses héros charismatiques, ses méchants détestables et ses batailles complètement démesurées. Il ne réinvente pas le western. Mais il lui remet son chapeau, lui donne un revolver, lui offre un cheval et lui dit: "allez, cow-boy. On retourne au cinéma."