Il y a dans Les Sept Mercenaires quelque chose de très contemporain : un film qui se donne les atours du courage mais avance prudemment, en regardant toujours du coin de l’œil son époque, son marché, sa bonne conscience. Antoine Fuqua reprend un mythe fondateur, non pour l’interroger, mais pour le rendre compatible. Le western, ici, n’est plus un lieu de fracture : c’est un décor rassurant, un costume bien taillé, une scène où chacun joue son rôle avec application. La violence, pourtant omniprésente, n’a plus rien de problématique. Elle est lisse, lisible, chorégraphiée. Elle ne met jamais le spectateur dans une position inconfortable. On tire, on tombe, on meurt, mais sans trouble durable. Le sang ne déborde pas. La morale est claire, nette, presque pédagogique. Le mal est incarné par un industriel sadique, caricature assumée d’un capitalisme brutal, histoire que personne ne se trompe de camp. En face, les mercenaires, figures composites, rassemblent toutes les vertus nécessaires pour former une équipe exemplaire, plus diverse que conflictuelle. Denzel Washington impose une autorité calme, presque administrative. Chris Pratt cabotine juste ce qu’il faut. Ethan Hawke se replie dans une mélancolie bien tenue. Chacun a son angle, son traumatisme, son instant de bravoure. Rien ne déborde vraiment. Même la diversité du casting, pourtant réjouissante sur le papier, est traitée comme un programme : elle est là, visible, revendiquée, mais rarement interrogée. Elle ne produit pas de tensions nouvelles, elle apaise. Fuqua sait filmer l’action. Personne ne contestera cela. Les séquences sont efficaces, rythmées, lisibles. Mais cette maîtrise devient vite un plafond. Le film avance sans jamais trébucher, et c’est précisément ce qui lui manque : une perte d’équilibre, une faute, une aspérité morale. Le western, jadis, parlait de frontières floues, de violence fondatrice, de lois bricolées dans le sang. Ici, tout est déjà rangé. Les Sept Mercenaires ne trahit pas son modèle. Il l’embaume. Et c’est peut-être pire.
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