Loin du drame historique académique et empesé, "Au revoir là-haut" est une œuvre baroque, foisonnante, d'une énergie folle. Albert Dupontel signe une adaptation spectaculaire et profondément personnelle, un film qui emporte tout sur son passage.
La première chose qui saisit, c'est la mise en scène, virtuose et inventive. La caméra est en mouvement perpétuel, elle danse, s'envole, plonge, créant un tourbillon visuel où le rythme n'a aucun temps mort. Cette frénésie stylistique n'est jamais gratuite, elle sert un récit qui est lui-même une course folle contre l'oubli et l'injustice.
Ce chaos maîtrisé est porté par un trio d'acteurs exceptionnel. Nahuel Pérez Biscayart livre une performance physique et poétique inoubliable, exprimant une gamme d'émotions infinie derrière ses masques. Albert Dupontel lui-même est parfait en antihéros bourru au grand cœur, tandis que Laurent Lafitte compose un antagoniste abject et délicieusement détestable.
La grande force du film est son mélange audacieux des genres. C'est à la fois un drame poignant sur les "gueules cassées", une comédie noire grinçante et un film d'arnaque enlevé. Cependant, cet équilibre est parfois fragile. Le passage constant de la comédie au drame, s'il dynamise le récit, peut parfois empêcher l'émotion des scènes les plus poignantes de s'installer pleinement. On pourra également pointer quelques invraisemblances dans le scénario, notamment dans le déroulé de l'arnaque, mais cela participe au ton de conte picaresque que le film assume pleinement.
Au final, "Au revoir là-haut" est une fresque flamboyante, un grand film populaire, généreux et spectaculaire. Une œuvre qui, malgré de légers déséquilibres, emporte par son souffle, sa créativité visuelle et la performance de ses acteurs. Une réussite majeure.