Road movie écrit et réalisé par Jean-Luc Godard, Pierrot Le Fou est un film déstabilisant, pour un résultat de bonne facture. L'histoire nous fait suivre Ferdinand Griffon, un homme vivant dans un appartement parisien avec sa femme et ses enfants, qui est désabusé suite à la perte de son emploi à la télévision. Un soir, en revenant d'une soirée mondaine chez ses beaux-parents, il se rend compte que la baby-sitter venue garder sa progéniture est une ancienne amie, Marianne. Tous deux ressentent le besoin de s'échapper et décident de s'enfuir. Seulement, Ferdinand s'aperçoit bientôt que Marianne est poursuivie par des paramilitaires de l'Organisation de l'armée secrète. Ce scénario ne s'avère pas plus emballant que cela à visionner tout du long de sa durée d'environ une heure et quarante-cinq minutes. Une durée qui se fait ressentir, la faute à une intrigue sans véritable objectif ni enjeu. En effet, le récit se contente de nous faire suivre le binôme errant de lieu en lieu, parcourant la France jusque dans le sud et sa frontière italienne. Il n'y a aucun fond, aucun message, ni aucune réflexion, si ce n'est la volonté de se sentir libre. Mais cette quête de liberté est vaine tant ils n'en font rien. On assiste à une succession de scènes sans vraiment de liant dans lesquelles les deux tourtereaux font des actions qui n'ont aucun sens et ont des comportements étranges au point où c'en est franchement déroutant. En témoigne les quelques séquences de comédie musicale greffées au forceps tant elles semblent déconnectés du reste. Le ton est, lui, beaucoup trop neutre, ne procurant aucun sentiment, qu'ils soient drôles ou touchants. Il faut dire que l'ensemble est porté par deux personnages principaux inconsistants car leur passé n'est pas assez développé pour qu'on puisse comprendre leur soudaine envie de changement. Des rôles bien interprétés par une distribution comprenant Jean-Paul Belmondo, Anna Karina, Graziella Galvani, Dirk Sanders, Jimmy Karoubi, Roger Dutoit ou encore Samuel Fuller. Tous ces individus entretiennent des rapports ne procurant hélas aucune émotion. La faute en partie à des discussions philosophiques et littéraires superficielles et décousues. D'autant plus que ces textes sont sans cesse soit en décalage, soit se chevauchent, ou alors sont coupés nets. Sur la forme, la réalisation du cinéaste français est bonne malgré ses effets de style discutables. Sa mise en scène est réussie mais elle donne l'étrange sensation d'être en cours de tournage et de montage avec ses faux raccords, ses coupes brutales, un découpage douteux et un quatrième mur brisé. Sans parler des tentatives d'esthétisation artificielles sans cohérence avec le propos. Néanmoins, les paysages naturels et ensoleillés traversés créent une ambiance estivale très plaisante. Ce visuel expérimental est accompagné par une bande originale correcte, aux compositions s'accordant bien avec l'atmosphère, sans pour autant être marquantes. On retiendra surtout que celles-ci ne sont pas collées de façon harmonieuse. Leurs notes apparaissent et disparaissent de façon abrupte, sans raison. Elles sont coupées net puis reviennent. Reste une fin tout aussi déconcertante que le reste de la narration, venant ainsi mettre un terme à Pierrot Le Fou qui, en conclusion, est un long-métrage singulier difficile à appréhender et à juger.