Présenté par certains comme le film qui allait redonner un coup de fouet au genre S-F, ce très attendu «The Creator» débarque enfin dans nos salles.
Marquant le retour du réalisateur Gareth Edwards (Monsters, Godzilla) 7 ans après son très chouette «Rogue One», cette nouvelle production imposante au budget relativement modeste (80 millions de dollars seulement) rappelle bons nombres de standards du genre (A.I. - Intelligence Artificielle, Blade Runner, Terminator, Ghost in the Shell, Elysium, Chappie, Ex Machina, etc.), mais digère ceux-ci avec suffisamment de recul et d'intelligence pour nous proposer un nouvel univers auquel on peut croire, en tous cas formellement.
Ce futur proche, dans lequel les humains ont décidé d'exterminer les IA créées à l'origine pour les protéger, est visuellement très abouti, imposant et immersif (et renforcé par la très belle photographie de Greig "Dune/The Batman" Fraser).
On croit à ce qu'on voit à l'écran, les VFX (décors comme personnages) s'intégrant sans difficulté à l'environnement qui les entoure (ce qui est parfois loin d'être le cas de certains blockbusters au budget largement supérieur, un comble.) et donnant à l'ensemble un aspect foisonnant et, on peut le dire, inspiré.
Edwards y retrouve par moments sa mise en scène "sur le terrain" de «Rogue One» pour renforcer cet aspect palpable, réaliste des choses, et pour y injecter à nouveau des codes du film de guerre, l'inspiration principale de ce «The Creator» étant, de par ses décors et le traitement de ses personnages, une référence directe et évidente à la Guerre du Vietnam.
Un melting-pot S-F dont on sent clairement l'ambition au niveau de la forme, et qu'on aurait voulu ressentir un peu plus au niveau du fond.
Car ce qui passe sans problème à l'image a un peu plus tendance à me faire tiquer quand il s'agit de sa narration.
Racontant l'histoire d'un ancien soldat infiltré à la recherche de la femme qu'il croit morte, et décidant de protéger la toute jeune IA qu'il avait pour mission d'éliminer, le film se perd parfois dans des facilités scénaristiques, déroulant un récit manichéen (les gentilles IA d'un côté, les méchants humains de l'autre) et faisant le choix, pas toujours si bien géré, de l'émotion au détriment de la profondeur.
Et vu du sujet qu'aborde le film (la place des IA dans notre société), nous faisant actuellement poser des questions tout à fait légitimes sur cette future "cohabitation/collaboration", c'est dommage de ne pas avoir creusé un peu plus ces questionnements-là.
Bref, un peu de frustration face à certains choix narratifs, mais cela n'enlève en rien la générosité dont est doté ce film, en particulier formelle, et ça il le fait bien.
Une œuvre qui ne va pas révolutionner le genre, mais une production américaine de qualité, qui ne sort pas d'une franchise et n'est pas une suite.
Ce qui est suffisamment rare pour être souligné. En espérant en voir un peu plus à l'avenir.