Vous ne le savez pas encore, mais vous avez grand besoin de Hamnet, là tout de suite (lâchez tout, et foncez-y). Car on a tous besoin d’Amour avec un grand A, d’histoires plus grandes que nous, de tragédies qui nous bousculent et nous aident à nous construire, tous ensemble. Hamnet est une tranche de vie de William Shakespeare et de sa femme Agnès, qui explique la genèse de la pièce Hamlet, et l’on ne pensait pas que le cours de Lettres puisse avoir autant de cœur. Avec une infinie douceur, il prend notre main pour pincer tendrement le « siège du cœur » (ce petit espace entre votre pouce et votre index) où toutes vos peines s’accumulent (c’est pour ça qu’il est souvent douloureux… l’idée est très poétique), afin de savoir si vous avez le cœur lourd, et si une bonne histoire d’amour qui transcende tout, même le pire, ça ne vous ferait pas du bien. Ah, votre main a parlé : c'est oui (inutile de jouer aux durs). Voici qu’il vous narre le mythe d’Orphée aux Enfers, puis qu’à l’union de la « femme de la forêt » (qui revient toujours devant une grotte) et du poète (comme Orphée), Monsieur se retourne. Oh, damned, vous devinez que ça va mal finir. Chloé Zhao, au-delà de l’excellence de ses plans (la photographie est sidérante), manie les métaphores avec virtuosité, et n’oublie pas d’avoir énormément de bienveillance pour ses personnages. Au casting, on retrouve une Jessie Buckley qui nous a bouleversé plusieurs fois (aboulez l’Oscar, ou on se fâche), Paul Mescal (dommage qu’il soit coincé cette année entre DiCaprio et Chalamet, il aurait mérité un prix lui aussi) et des enfants brillants de talent (le regard du petit garçon qui
disparaît dans sa « porte de l’Au-delà »
est assez marquant). On n’arrive pas non plus à oublier cette dernière séquence déchirante au Théâtre du Globe, où une
mère endeuillée attrape la main de son fils de substitution, et où toute la foule, emportée par l’émotion d’une belle histoire, fait de même,
dans un plan qui file des frissons. Chloé Zhao, en robe bleu ciel au balcon, regarde la scène en souriant de compassion, un peu comme nous (à quelques litres de larmes près). Dans notre salle pleine à craquer, pas une respiration n’est venue déranger la beauté des plans mémorables (les accouchements, la scène de la Pièta, et ce final plein de chaleur humaine). La musique se déguste, les fantaisies des gamins sont attendrissantes puis tristes, les plans sont un travail d’orfèvre, les acteurs sont tous excellents, et tout n’est qu’amour dans ce film, tant entre les Hommes, qu’envers le théâtre qui rassemble les peines de tous, pour les laisser sur les planches. Le générique s’est lancé, qu’on a eu droit à un concerto de mouchoirs. Mettre une telle scène émotion au ras du générique, c’est criminel, ou alors peut-être est-ce justement pour nous faire palper qu’une salle remplie, même au 21è siècle, aime toujours autant les belles histoires tragiques, les beaux textes bien écrits et bien joués, et peut encore communier. De l’amour, on vous dit, de l’amour. Tendez votre main.