La Condition
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traversay1

4 479 abonnés 5 351 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 14 novembre 2025
Le cinéma de Jérôme Bonnell mérite considération, pour sa délicatesse et son ironie, depuis ses débuts dans Le chignon d'Olga. Mais l'adaptation du roman de Léonor de Récondo, Amours, lui offre l'occasion de montrer davantage d'ambition, dans la catégorie du drame bourgeois, joliment revisité par une vision féministe qui pervertit avec force et subtilité le classicisme inhérent à son sujet de départ. Qualité de la mise en scène, vitalité des dialogues et progression dramatique impeccable forment une combinaison irrésistible dans un étonnant triangle sentimental constitué d'un notaire, sa femme et leur bonne. Le film apporte toute son attention à chacun de ses trois personnages, ne condamnant personne, puisqu'ils sont de manière différente des victimes de leur condition. À noter d'ailleurs que le rôle de la mère, un peu périphérique, se révèle pourtant essentiel, incarnée par une phénoménale Emmanuelle Devos. L'interprétation est globalement remarquable et contribue à assurer la crédibilité d'une histoire qui, autrement, aurait pu sembler difficile à avaler pour l'époque, le début du XIXe siècle, où elle se déroule. Protagoniste le moins aimable du trio central, Swann Arlaud n'a jamais été aussi bon, tandis que Louise Chevillotte excelle dans le grand rôle que l'on attendait pour elle, au côté d'une Galatéa Bellugi qui confirme sa grande finesse de jeu. Autant d'interprètes que l'on devrait retrouver en bonne place aux prochains Césars, si la logique du talent est respectée.
Yves G.

1 845 abonnés 4 017 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 15 décembre 2025
En 1908, dans la campagne normande, André (Swann Arlaud), un notaire, a épousé Victoire (Louise Chevillotte). Aucun amour ne soude ce couple sans enfant. André trousse l’une des deux servantes à leur service, Céleste (Galatea Bellugi) qui ne tarde pas à tomber enceinte. La grossesse étant trop avancée pour que son interruption soit encore possible, Victoire propose de se faire passer pour la mère de l’enfant à une double condition : que Céleste renonce à ses droits sur lui et qu’André n’approche plus jamais son lit.

"La Condition" est l’œuvre d’un réalisateur français peu connu, Jérôme Bonnell, qui creuse pourtant depuis "Le Chignon d’Olga" un sillon intéressant. Il avait réalisé en 2013 "Le Temps de l’aventure" avec Gabriel Byrne, qui suscite les pâmoisons de mes amies du dimanche soir. J’avais adoré "À trois on y va" en 2015, délicieux et drolatique trio amoureux – et trouvé en revanche "Chère Léa" bien fade en 2021.

"La Condition" est l’adaptation du roman Amours de Léonor de Recondo sorti en 2015. Jérôme Bonnell a pris quelques libertés avec le livre. Il en a modifié la fin – qu’on peut, non sans motif, trouver guère crédible – et le titre. Le pluriel du roman renvoyait aux différentes amours qui se tissaient à la naissance de Felix : amour congénital de Céleste pour son enfant, amour moins spontané mais tout aussi fort de Victoire pour Felix et enfin amour (saphique ?) des deux femmes entre elles. « La Condition » est un titre singulier et, pour autant, polysémique : il renvoie aux conditions posées par Victoire à son mari et à sa bonne à la découverte de la grossesse de celle-ci. Il renvoie aussi aux conditions sociales qui structurent le récit : opposition de classes entre les patrons et leurs bonnes corvéables à merci, opposition de genres entre l’homme et les femmes qui l’entourent et le servent.

Le débat a été vif entre nous à la sortie de la salle autour de deux personnages.
Le premier, secondaire, n’a pas même été évoqué dans mon résumé. Il s’agit de la mère d’André, terrassée par un AVC qui l’a rendue aphasique et muette. Marâtre acariâtre qui fait régner la terreur sur son foyer et a traumatisé son fils en mettant en doute sa filiation ou victime impuissante de la maltraitance de son fils ?
L’autre est central. Il s’agit d’André. Pour moi, c’est un salaud absolu qui viole sa femme et sa bonne sans mesurer la gravité de ses actes, un être veule qui sombre dans l’alcoolisme quand la réalité le rattrape. À ma grande surprise, deux amies ont pris sa défense en estimant qu’il était la victime de son éducation et de son temps. Qu’en pensez-vous ?
vidalger

378 abonnés 1 311 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 12 décembre 2025
Il faut voir ce film, ne serait-ce que pour l’interprétation de l’épouse bourgeoise « de province » au début du 20ème siècle par une Louise Chevillotte parfaite. Toujours juste dans un jeu en retenue, elle révèle peu à peu le fond de son être.
Pour autant, le cadre du film reste bien convenu et les personnages semblent sortis d’un roman poussiéreux de François Mauriac ou d’un récit oublié de Paul Bourget. Ne manque même pas la figure caricaturale de la belle-mère acariâtre et paralysée. Les dialogues plutôt convenus, les décors bien léchés et l’absence de vraie surprise dans l’intrigue nous interrogent quant à la nécessité de ce film en 2025. Le cinéma a évolué depuis Chabrol…
selenie

7 444 abonnés 6 651 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 12 décembre 2025
Le réalisateur-scénariste a ajouté deux personnages dans son histoire qui enrichissent vraiment le récit et l'évolution dramatique intra-familiale. Il s'agit de la mère de André/Arlaud jouée par une Emmanuelle Devos indigne et abjecte à souhait, et du personnage de Alphonse Lajardie joué par François Chattot en vieux monsieur bien plus important qu'il n'y paraît au premier abord. Le cinéaste est assez intelligent pour ne pas tomber dans le piège du féminisme facile et/ou dans un manichéïsme à charge anti-patriarcal. En effet, l'époux André/Arlaud est un homme de son temps avant tout, sa position sociale s'impose à lui et ce malgré un lourd secret, mais il se bat contre lui-même pour ne pas devenir un monstre mené par de bas instinct même si sa position s'éveille quand il faut "compenser" le devoir conjugal. Jérôme Bonnell a déclaré vouloir montrer aussi une époque "marquée par un retour brutal de la morale de la religion", cependant sur ce point le film demeure pourtant plutôt mesuré, tout juste suffisamment abordé car au final le plus intéressant reste la maternité, l'envie de devenir mère, la filiation avec deux femmes dans des positions différentes mais qui restent liées par l'instinct maternelle. Un très bon et très beau film.
Site : Selenie
velocio

1 538 abonnés 3 497 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 3 décembre 2025
Libre adaptation du roman "Amours" de Leonor de Recondo, "La condition" nous ramène plus d'un siècle en arrière, en 1908, dans le milieu de la bourgeoisie de province. Dans la vaste demeure d'André, un notaire, le personnel occupe le rez-de-chaussée, la famille bourgeoise les étages intermédiaires et les chambres de bonnes se trouvent tout en haut. André est marié à Victoire. Y a-t-il vraiment de l'amour entre André et Victoire ou bien André est-il stérile comme l'était son père (Je l'avoue, être le fils d'un père stérile, cela peut paraître bizarre. Il se trouve qu'André "sait" que le mari de sa mère était stérile, mais il ne sait pas vraiment qui est son père biologique) ? Toujours est-il que André et Victoire n'ont toujours pas d'enfant. Par contre, André couche régulièrement avec Céleste, la plus jeune des 2 bonnes de la maison, et ce qui devait arriver va arriver : bingo, Céleste est enceinte. Je vous laisse deviner la condition que Victoire va mettre au maintien de Céleste à leur service, une condition qui va rapprocher les 2 femmes. Dans ce film qu'on peut considérer comme étant féministe, l'homme qu'est André, malgré son comportement envers Victoire et Céleste, n'est pas montré de façon outrageusement négative : on sent bien qu'il est en quelque sorte prisonnier des schémas d'une époque où le patriarcat était bien plus fort que celui qu'on connait encore aujourd'hui. Galatea Bellugi et Louise Chevillotte sont les très bonnes interprètes de Céleste et de Victoire, Swann Arlaud étant comme d'habitude parfait dans le rôle d'André. Dans son film, Jérôme Bonnel a ajouté 2 personnages qui n'existaient pas dans le roman de Leonor de Recondo. L'un de ces 2 personnages tient un rôle important dans le film : il s'agit de Mathilde, la mère d'André, une femme acariâtre, qui ne parle jamais et ne s'exprime que par des courtes phrases écrites de la main gauche sur une ardoise. Une femme, une mère, qui peut presque suffire à expliquer, sans l'excuser, le comportement de son fils. Mathilde est interprétée par Emmanuelle Devos. Film vu aux rencontres cinématographiques de Cannes.
Domvill
Domvill

34 abonnés 206 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 24 décembre 2025
uand même assez décevant...si la première partie est intéressante avec ce triangle de protagonistes complexes et tortures,
pris dans la société puritaine qui avait du mal à appréhender le sexe, entre les carcans du mariage et les tentations d'une main d'oeuvre corveable a merci, est spoiler:
intéressante, elle aurait justifie un traitement plus subtil et plus en profondeur.
au lieu de cela on a toujours les thèmes et les manières de vivre de notre société contemporaine qui s incrustent dans une narration qui est incapable de se remettre en question et de se repositionner dans l atmosphere du passe.
Quant au dénouement il est aussi incongru qu'irrealiste....
Cinemadourg

905 abonnés 1 782 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 12 décembre 2025
Dans une demeure bourgeoise de Normandie au tout début du 20ème siècle, André, notaire, est marié à Victoire, bien plus jeune que lui. Ce couple sans enfant ne transpire pas la complicité amoureuse.
La maman de ce dernier vit également avec eux.
Céleste y est employée de maison depuis peu, une suite d'évènements inhabituels va alors bousculer le quotidien puis la vie de cette douce et apparente quiétude...
Je n'ai pas été fracassé d'émotions pour ce film signé Jérôme Bonnell, même si je dois reconnaître que la mise en scène est assez réussie, et que le casting est plutôt bon, Swann Arlaud en tête.
Tiré du roman "Amours" de la violoniste et écrivaine française Léonor de Récondo (paru en 2015), ce drame porte néanmoins en lui une part indéniable de modernité malgré l'époque révolue, et c'est en fait cela son vrai point fort : son message.
Pour le reste, c'est rigoureux, conventionnel, mais sans passion, sans effervescence, tout en pudeur mais finalement sans grande profondeur.
Pas si mal après tout.
Site CINEMADOURG . free . fr
Corinne76100
Corinne76100

86 abonnés 634 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 17 décembre 2025
Film à la réalisation très plate et académique, l'interprétation ne convainc pas non plus par son histoire assez invraisemblable pour l'époque.
Laurencesarah
Laurencesarah

34 abonnés 35 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 12 décembre 2025
Mais quel navet ! Quel gâchis de pellicule, de temps, de moyens, de decors pour une histoire si faible, si invraisemblable, si bancale, si mal servie, si mal jouée. On reste insensible, incrédule et surtout impatient de sortir. Nous n’avons pas tenu jusqu’a la fin.
Enki Dou
Enki Dou

9 abonnés 55 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 15 décembre 2025
Le réalisateur aime manifestement filmer longuement des visages en gros plan éclairés par la lumière d'une bougie. Il aime aussi filmer les bougies. C'est joli. On se demande d'ailleurs (et on a le temps de se le demander, puisqu'on s'ennuie) comment il se fait qu'il n'y ait pas eu plus d'incendies à l'époque, vu l'usage immodéré des bougies à proximité des draps de lits et des rideaux. L'avantage de filmer longuement des visages en gros plan, c'est que ça remplit le cadre et le temps, ce qui donne au spectateur le loisir de penser à autre chose, et évite au réalisateur de faire du cinéma.

A part ça, ou à cause de ça (n'est pas Georges de la Tour qui veut), on s'ennuie ferme. Les dialogues sont mortellement artificiels et ennuyeux, aussi ampoulés et empesés que les draps et les corsets. Les acteurs (sauf Céleste, épatante, et Emmanuelle Devos, formidable) sont médiocres - les dialogues y sont probablement pour quelque chose. On sourit une fois (c'est peu) grâce à une ardoise pleine d'esprit d'E. Devos - cette dernière échappe aux dialogues déplorables puisqu'elle est muette, ce qui l'oblige à s'exprimer en écrivant sur une ardoise, mode d'expression qui a le mérite d'être concis. On a droit aussi, quand même, à un peu d'émotion, notamment grâce à une fin réjouissante.

Au total, un propos pas très original mais clair - les hommes sont des machos mais en fait ils sont mal dans leur peau, les femmes sont bien mieux que les hommes et elles ont raison de se révolter contre le pouvoir exorbitant des hommes mais c'est compliqué, etc. Mais le film pour le dire n'est pas à la hauteur.
Ça tourne
Ça tourne

40 abonnés 55 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 24 décembre 2025
Le thème du film aurait tout pour être intéressant mais le tout reste quand-même assez plat... Le film souffre d'un grand manque d'initiatives esthétiques et de prises de risque cinématographiques. On nous raconte une histoire, ma foi, assez intéressante mais rien de plus. "La Condition" se fait également porteur d'un regard assez contemporain qui frise parfois l'anachronisme et qui ne possède donc pas toujours une grande pertinence. Notons tout de même la belle performance de Galatea Bellugi et celle honorable de Swann Arlaud.
Direct-actu.fr
Direct-actu.fr

371 abonnés 475 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 6 décembre 2025
La Condition de Jérôme Bonnell est un film qui nous plonge dans l’intimité d’une famille bourgeoise en 1908, où les femmes sont enfermées dans des rôles imposés par la société, réduites à un statut inférieur, et confrontées à une violence invisible et omniprésente. Le film suit l’histoire de Céleste, une jeune bonne incarnée par Galatea Bellugi, qui vit sous le toit de Victoire (Louise Chevillotte) et André (Swann Arlaud), un couple de notables. Enfermées dans des conventions bourgeoises strictes, les relations au sein de la maison sont marquées par une inégalité flagrante, l’oppression et l’étouffement des désirs. Victoire, l’épouse modèle, se trouve déchirée entre ses responsabilités de mère et son rôle de femme soumise à son mari, tandis que Céleste subit une souffrance plus brutale mais tente d’y répondre par une forme de résistance silencieuse.

À travers ces personnages, La Condition explore les dynamiques de pouvoir et de soumission, notamment la violence psychologique et les abus de pouvoir au sein de la famille. La figure d’André, incarnée par Swann Arlaud, incarne un patriarche pris dans un dilemme entre autorité et fragilité, mais aussi une violence qui se cache sous le vernis du respect de façade. Le film ne se contente pas de montrer cette oppression mais cherche à comprendre comment ces mécanismes de domination se perpétuent, aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Les personnages masculins, souvent passifs ou distants, incarnent une violence invisible qui façonne et maintient des rapports de pouvoir déséquilibrés.

Le film va plus loin en posant la question de l’héritage familial, notamment celui d’André, et de la manière dont il reproduit un modèle chaotique de soumission et de rébellion issu de sa relation avec sa mère. La relation toxique et manipulatrice avec cette dernière forge un personnage incapable d’échapper à une spirale de violence et de contrôle, qu’il impose à sa femme et à sa bonne. À travers ce modèle familial défectueux, le film met en lumière la perpétuation de mécanismes de domination et de soumission dans un monde de conventions sociales strictes.

En s’inspirant du roman Amours de Léonor de Récondo, La Condition fait une adaptation sensible et approfondie de la violence sociale et intime, tout en ajoutant des éléments comme le personnage d’Alphonse Lajardie, qui enrichissent la narration et les dynamiques familiales, apportant une profondeur supplémentaire à l’analyse des rapports de pouvoir.
Pierre Kuzor
Pierre Kuzor

176 abonnés 566 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 10 décembre 2025
Ai vu « La condition » de Jérome Bonell d’après le roman « Amours » de Leonor de Recondo. Ce film m’a fait le même effet qu’une tasse de thé. Au commencement nous sommes devant une tasse d'eau chaude transparente et pas très intéressante, puis au fur et à mesure que le thé infuse, l’eau devient trouble, se colore et donne des tons subtiles, laissant passer plus où moins la lumière, pour à la finale devenir franchement atrayant avec un mélange de robustesse et de rondeur, sans oublier une pointe d’amertume. La mise en scène est discrète et subtile, la photographie restitue parfaitement le début du XXème siècle avec de jolis éclairages à la bougie. 1908 tout sent la fin du XIXème en province. André (parfait Swann Arlaud) est notaire. Il est marié à Victoire (Louise Chevillotte) qui se languit dans sa grande maison bourgeoise. Elle joue de la flûte pour faire passer le temps et oublier une certaine solitude. Céleste (intense Galatea Bellugi) est une des deux bonnes. Un secret va unir ses trois personnages de condition sociale très différentes mais qui vivent sous le même toit. Le scénario nous emmène bien plus loin qu’il ne le laisse entendre, et la longue mise en place trouve tout son sens au fur et à mesure que le drame se noue et où les violences d’un autre temps se déroulent dans le silence entre les murs épais de la bourgeoisie. « La condition » est un titre à tiroir très intéressant. C’est la condition sociale bien évidemment de Céleste la bonne à tout faire, mais c’est aussi la condition qui est posée tel un pacte entre les trois personnages. L’interprétation est optimum et le trio d’acteurs est parfait. Les demi-mots, les mensonges, les secrets bien gardés laissent la place aux silences, aux sous entendus. Le film n’est jamais démonstratif et si l’émotion est maintenue trop à distance, l’on est toujours surpris. Le propos est complexe et tous les messages y sont savamment mais efficacement suggérés. Ce huis clos étouffant et assourdi résonne totalement avec les sujets d’actualité autour du féminisme, du patriarcat, de la liberté de disposer de son corps. Bonnell utilise la grammaire cinématographique pour illustrer à merveille l’éducation bourgeoise et à fortiori celle du début du XXème siècle où rien n’est dit de façon frontale, où tout est étouffé, suggéré, ravalé.
Gauthier Corion
Gauthier Corion

1 abonné 2 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 2 janvier 2026
Dans La Condition, Jérôme Bonnell met en scène avec une justesse remarquable la place assignée aux femmes au début des années 1900 et, par ricochet, tout ce que ces existences contenues disent encore de nous aujourd'hui (malheureusement). La mise en scène, à la fois discrète et précise, laisse affleurer une sensation dramatique profonde, sans jamais tomber dans l'emphase.

Le film raconte l'histoire de Céleste, jeune bonne au service de Victoire et André, en 1908. Mais c'est aussi, et peut-être surtout, l'histoire de Victoire : une femme incapable d'endosser le rôle d'épouse modèle qu'on attend d'elle. Deux femmes que tout oppose en apparence. Classe sociale, éducation, statut. Mais que la vie réunit sous le même toit, au coeur d'un monde régi par les conventions et les non-dits.

spoiler: Lorsque Céleste met au monde un enfant, Victoire entrevoit, à travers lui, la possibilité de garder auprès d'elle un amour qu'elle n'a jamais pu faire exister autrement. Les deux femmes choisissent alors d'élever l'enfant ensemble. Ce pacte intime, fragile et transgressif, devient peu à peu le terreau d'un lien plus profond. Un amour qui se construit en silence, dans les interstices d'une société qui ne leur laisse aucune place.


spoiler: Bonnell filme cette relation avec délicatesse : aucun geste n'est superflu, chaque regard pèse son poids de désir, de culpabilité et de liberté rêvée. La retenue du récit rend les éclats d'émotion d'autant plus bouleversants.


Au final, La Condition est un film d'une grande sensibilité, autant sur la maternité que sur l'émancipation, qui interroge la possibilité d'aimer autrement dans un monde corseté. Un excellent film : subtil, poignant, et durablement marquant.
Cool_92

366 abonnés 688 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 13 décembre 2025
La première partie qui met en place tous les éléments est vraiment prenante. La reconstitution de l'époque est plutôt réussie, l'interprétation de qualité. Puis le film s'englue dans une deuxième partie où les dialogues deviennent explicatifs et ennuyant. Surtout le réalisateur délaisse la relation très hiérarchique du couple pour une amourette improbable qui communie autour de la naissance d'un enfant. Un acte manqué.
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