M'étant tellement emmerdé la nuit dernière, j'ai décidé de regarder un autre Gaspar Noé après le très bon « Seul contre tous ». Et pourquoi pas le film choquant et déstabilisant ayant remué la croisette le jour de sa présentation. La vidéo disponible sur le net présentant des gens outrés et choqués quitter la salle ou le film est projeté m'a grandement intrigué je l'avoue. « Horrible ! », « Malsain ! », « Dégueulasse ! », autant de termes péjoratifs pour ce qui semblait être un thriller urbain. Finalement il s'agit plutôt d'un ovni cinématographique que d'un véritable polar noir. Point commun avec « Seul contre tous », ce sont les bas-fonds de Paris qui occupent toujours le cadre de l'histoire. Pourtant, adieu l'humour noir et les répliques cinglantes du boucher (même si durant les toutes premières minutes, Philippe Nahon fait son retour pour ce qui semble être un caméo du boucher, mentionnant le fait qu'il a été incarcéré pour avoir couché avec sa fille) et bonjour le sérieux de l'entreprise. Point original, le film commence par la fin et se termine par le début. C'est à un film en marche-arrière que nous avons affaire avec pour morale : le temps détruit tout. Le temps détruit tout... Métaphore qui fait pleinement référence au personnage de Monica Bellucci, pour des causes que je ne citerai pas afin d'éviter le spoil.
Malgré la tentative d'originalité plutôt réussie, on se demande ou est passé le génie de Noé en tant que dialoguiste, tant les répliques sont banales et soporifiques (le dialogue entre Cassel, Dupontel et Bellucci dans le métro en est un parfait exemple). L'histoire, avec du recul, fait preuve d'un manque d'imagination et reste très basique avec une histoire de vengeance plate et sans grand intérêt. A cela, je veux bien admettre que l'ambiance ne puisse pas plaire à tout le monde et que la scène du viol (qui n'est pas si choquante que ça, dans la manière ou Noé ne filme pas l'acte de manière perverse) est beaucoup trop longue, mais de là à traiter Noé de merde, c'est l'hôpital qui se fous de la charité. A une heure ou le cinéma manque d'originalité dans le mainstream, Noé expérimente et même si dans « Irréversible », l'expérimentation est plutôt réussie au détriment d'un vrai bon scénario, le réalisateur tente, essaye des choses.
Disons que si Noé avait rajouté plus d'humour noir dans le sérieux et accordé plus d'importance aux liens humains, peut-être qu'Irréversible aurait gagné en intensité dramatique, le cliffhanger final ne faisant en aucun point ressentir l'émotion voulue.
« Irréversible » est donc un film moyen, plombé en grande partie par son script, mais à la mise en scène très bonne qui sauve un peu le tout. Une réputation sulfureuse pour pas grand chose finalement...