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    SIDA : 10 talents cinéma fauchés par la maladie
    1 déc. 2019 à 08:00
    Mis à jour le 1 déc. 2022 à 10:00
    Olivier Pallaruelo
    Olivier Pallaruelo
    -Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
    Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

    Depuis le 1er décembre 1988, sur proposition de l'ONU, c'est la journée mondiale de lutte contre le SIDA. Une pandémie qui fait encore 1 million de morts par an. L'occasion de revenir sur dix talents de cinéma fauchés par le VIH.

    Tant qu'à continuer à évoquer les ravages du Sida, comme nous l'avions fait d'ailleurs dans le cadre des fictions, on peut aussi réécouter la superbe bande-originale du film Philadelphia, composée par Howard Shore, qui comportait la fameuse chanson Streets of Philadelphia écrite par "The Boss", Bruce Springsteen. Il fut d'ailleurs récompensé par un Oscar pour celle-ci.

    Anthony Perkins (1932-1992)

    Inoubliable Anthony Perkins, qui incarnait son personnage de Psychose, Norman Bates, avec un mélange de violence et de douceur, qui tétanisa les spectateurs et la critique de l'époque, au point que cette dernière en vint parfois à confondre son travail d’acteur et son personnage. Très discret sur sa vie privée, il donne ainsi le change à la Presse qu’il trouvait trop insistante : "Il y a un secret pour garder sa vie privée. Ne jamais faire croire qu’on a quelque chose à cacher, et donner seulement 1/10e de la réponse à la question". Pourtant, l’acteur, qui a contracté le virus du SIDA à l’époque du tournage de Psychose III, dissimule si bien sa maladie que certains de ses proches n’en apprennent l’existence que peu de temps avant son décès, qui survient le 12 septembre 1992. "J’ai plus appris sur l’amour, le don de soi et les relations humaines des gens que j’ai pu rencontrer dans cette grande et terrible aventure du SIDA, que je n’en ai jamais appris dans ce monde de coupe-gorges et de compétitions dans lequel j’ai passé ma vie entière", dit-il au crépuscule de sa vie, avant d’être emporté par une pneumonie à l’âge de 60 ans.

    Rock Hudson (1925-1985)

    Icône hollywoodienne des années 1950 au physique de gendre idéal, nommé à l'Oscar du Meilleur acteur pour sa composition dans le classique Géant de George Stevens, Rock Hudson bouleverse tout Hollywood en 1985. Le 25 juillet de cette année-là, il révèle qu'il est atteint du sida, et marque les esprits en révélant son visage décharné par un sarcome de Kaposi. Il fait cette annonce alors qu'il se trouve à Paris, à l'hôpital américain de Neuilly, pour se faire soigner. Triste anecdote : Yanou Collart, son attachée de presse et amie, fut dans l'obligation de débourser 250.000 $ pour louer un 747 afin de rentrer à Los Angeles, car aucune compagnie ne voulait le transporter... Dès le mois suivant, son homosexualité est ouvertement évoquée dans la Presse, à une époque où l'on parle encore d'un "mystérieux cancer gay". Un choc pour certain(e)s, Rock Hudson ayant été l'archétype de "l'homme à femmes". Sa mort, le 2 octobre 1985, marque une première prise de conscience importante des ravages du Sida.

    Jacques Demy (1931-1990)

    L'inoubliable réalisateur des Parapluies de Cherbourg et des Demoiselles de Rochefort, le compagnon de route et de coeur d'Agnès Varda, nous a quitté il y a 29 ans, à l'âge de 59 ans. A l'époque, la version officielle était un décès dû à un cancer. Ce n'est qu'en 2008, à la faveur du documentaire Les Plages d'Agnès, que la cinéaste a révélé ce que le réalisateur ne voulait pas rendre public : sa maladie dûe au sida, à l'époque encore très tabou. "Il y avait un non-dit que nous avons tous respecté à sa demande. Nous avons laissé passer du temps, mais, dans ce film qui parle de choses vraies, il m'était difficile, en accord avec les enfants et les techniciens amis de Jacques, de ne pas l'évoquer. Cela s'est fait naturellement. Nous l'avons soigné jusqu'au bout, et puis je l'ai filmé au plus près, parce que ma réponse à sa maladie ne pouvait être qu'une réponse de cinéaste. J'ai capté son être, ses cheveux comme un paysage, sa peau qui était un peu tachée, ses yeux qui regardaient au loin, pour dire : Jacques est là pour toujours. Il est très difficile de raconter l'amour, la perte et la peine" déclarait Agnès Varda, qui nous a quittés à son tour en mars 2019, à l'âge de 90 ans.

    Paul Shenar (1936-1989)

    Né en 1936, l'acteur américain Paul Shenar n'est pas le plus connu par le grand public, même s'il aligne près d'une cinquantaine de rôles dans une carrière finalement courte, de 1973 à 1988, dans laquelle se trouvent quelques solides oeuvres, comme Pacte avec un tueur. Son rôle le plus mémorable sans doute, qui l'a fait passé à la postérité, est celui dont la photo est issue. Le rôle culte du baron de la drogue Alejandro Sosa dans Scarface, que Tony Montana essaie de truander avant qu'il ne soit exécuté par les hommes de Sosa dans un massacre final dantesque. Côté vie privée, Shenar eu notamment une liaison de cinq ans avec l'acteur Jeremy Brett, inoubliable incarnation de Sherlock Holmes pour le petit écran. Shenar décède à l’âge de 53 ans à West Hollywood en Californie, de complications liées au Sida, le 11 octobre 1989.

    Rémi Laurent (1957-1989)

    Révélé par la caméra de Michel Lang en étudiant obsédé dans A nous les petites anglaises en 1976, Rémi Laurent figure dans plusieurs films populaires à la fin des années 70, dont La Cage aux folles, immense succès signé Edouard Molinaro, dans lequel il incarne le fils de Renato Baldi (Ugo Tognazzi). En 1981, il rencontre sans doute son plus gros succès avec Les Plouffe, un film québécois dans lequel il incarne un journaliste. Il termine sa carrière éphémère avec un petit rôle dans la comédie Black Mic Mac de Thomas Gilou, en 1986. Accro à l'héroïne comme sa compagne, la comédienne Anne Caudry, il est atteint du Sida et décède le 14 novembre 1989, à l'âge de 32 ans.

    Anne Caudry (1957-1991)

    Anne Caudry, de son vrai nom Anne-Marie-Louise-Jehanne Bernanos, était la petite-fille du célèbre écrivain George Bernanos. Débutant au cinéma dans le film de Pascal Thomas, Confidences pour confidences en 1978, elle joua aussi dans L'Avare, ou  encore dans le solide film dont son illustre grand-père avait écrit les dialogues, Le Dialogue des Carmélites; l'histoire de religieuses prises dans la tourmente de la Révolution Française. Tombant dans les années 80 dans la drogue (héroïne par injection) avec son compagnon et acteur Rémi Laurent, elle contracte le virus du Sida. Elle décède le 23 août 1991 à l'âge de 34 ans, deux ans après son compagnon. Une fin tragique pour une actrice qui fut considérée comme une des plus prometteuses de sa génération.

    Cyril Collard (1957-1993)

    Ancien assistant-réalisateur chez Maurice Pialat (À nos amours), Cyril Collard livrait avec Les Nuits fauves en 1992 un film polémique et fiévreux, adapté d'un récit autobiographique, cri de désespoir et d'angoisse d'une génération victime du SIDA. Le metteur en scène décéda le 5 mars 1993, trois jours avant la Cérémonie des Césars, où son oeuvre fut récompensée à quatre reprises : meilleur film, meilleure première œuvre, meilleur espoir féminin (Romane Bohringer) et meilleur montage. "Le fait d'être séropositif ce n'est pas une exclusion [...] Tu as envie de vivre, c'est tout" disait Cyril Collard à l'animateur Thierry Ardisson, dans une interview de son émission (culte) Lunettes noires pour nuits blanches, en octobre 1989.

    Brad Davis (1949-1991)

    Fascinant et troublant marin séducteur Querelle dans un monde interlope créé par Rainer Werner Fassbinder en 1982, Brad Davis est sans doute davantage connu du grand public pour être la victime d'une terrible incarcération dans les geôles turcs de Midnight Express, sous les traits de Billy Hayes, devant la caméra d'Alan Parker. Un film et une composition choc, qui lui vaudra un Golden Globe en 1979. Diagnostiqué séropositif en 1985, l'acteur gardera le secret sur sa maladie jusqu’à peu avant sa mort, en 1991. Aidé par sa femme et un ami, l’acteur décida de commettre un suicide assisté.

    Denholm Elliott (1922-1992)

    Acteur prolifique ayant débuté sur le petit écran en 1947, Denholm Elliott a eu une carrière solide, régulièrement émaillée d'excellents films, comme Alfie le dragueur, L'Ultime attaque, Trop tard pour les héros, Un fauteuil pour deux, ou le superbe Chambre avec vue de James Ivory en 1986, qui lui permet de glaner une nomination à l'Oscar du meilleur second rôle. Mais le grand public retiendra sans conteste davantage l'acteur pour son inoubliable et attachante incarnation du Professeur Marcus Brody, compagnon / tête en l'air d'infortune d'Indiana Jones dans la saga signée Spielberg. Denholm Elliott meurt le 6 octobre 1992 à l'âge de 70 ans à Ibiza, en Espagne, des suites de la tuberculose liée au Sida pour lequel il avait été testé positif en 1987.

    Tony Richardson (1928-1991)

    Grand réalisateur britannique, titulaire de deux Oscars (Meilleur film, Meilleur réalisateur) en 1963 pour une oeuvre devenue un classique, Tom JonesTony Richardson nous a laissé une filmographie émaillée d'oeuvres puissantes. Un goût de miel, récompensée par un Golden Globe et lors du Festival de Cannes en 1962, qui évoque le cas d'une jeune fille enceinte d'un marin noir partant vivre avec un homosexuel. Un chef-d'oeuvre, La Solitude du coureur de fond, qui retrace l'histoire d'un jeune délinquant se découvrant une passion pour la course d'endurance. Ou encore La Charge de la brigade légère en 1968, féroce et puissant réquisitoire sur l'absurdité de la guerre menée par des officiers obsédés à l'idée d'être couverts de gloire avant tout. Bisexuel, il fut marié deux fois, à la grande comédienne britannique Vanessa Redgrave d'abord, puis à Jeanne Moreau. Le réalisateur ne révèlera sa bisexualité que lorsqu'il se saura atteint par le Sida. Il décède le 14 novembre 1991, à l'âge de 63 ans.

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