La grande marche
L’humour très personnel – le mot est faible -, de l’excellent Benoît Delépine, après le Canal + des grades années, s’exerce sur le grand écran. Je me régale à suivre son parcours depuis 2008 et Louise Michel, suivi de Mammuth, Le grand soir, Saint-Amour, I feel good, Effacer l’historique ou encore, En même temps. Autant de titres qui en auront réjoui beaucoup et irrité tout autant. De l’aéroport de Beauvais à La Défense, accompagné de sa valise à roulettes, Darius traverse à pied campagnes et banlieues pour mener à bien, et sans empreinte carbone, une mystérieuse mission. 89 minutes …seulement ! -, d’un film poétique, drôle et engagé. Du Delépine pur jus, un régal pour ceux qui aiment.
Notre cinéaste a vu germer son idée après avoir mené un combat écologiste dans sa région d’adoption, la Charente. Grâce à sa détermination et à celles d’autres militants, le projet d’une usine d’enrobés bitumineux qui devait s’installer à deux pas d’une zone Natura 2000, en bord de Charente, ne s’est finalement pas concrétisé. Il aime les road-movies, mais après le fauteuil roulant de Aaltra, la moto de Mammuth ou la voiture de Saint-Amour, il a cette fois décidé de s’intéresser au périple d’un homme qui se déplace à pied, muni seulement d’une mystérieuse valise à roulettes. Il faut aussi dire un mot du format extra-large utilisé pour la 1ère fois au cinéma- encor plus large que celui utilisé par le trio John Ford, Henry Hathaway, George Marshall pour La conquête de l’Ouest. Mais, ce n’est qu’un gadget mais un moyen technique mis au service du récit. Aussi superbe qu’innovant. Sans surprise, quand on connaît Delépine, le bonhomme oppose capitalisme sans vergogne et écologie responsable, sans prendre de gants et en accentuant même le trait, si besoin est. L’humour, la fantaisie et le goût de l’absurde font le reste, avec évidemment un immense acteur qu’il serait enfin tant de découvrir à son niveau de talent.
Et cet acteur-là, c’est Samir Guesmi, entre James Bond et Monsieur Hulot qui ne quitte pas l’écran et le crève par la même occasion. Irrésistible de flegme et d’humour… il nous gratifie d’un immense numéro. Tous les autres, Olivier Rabourdin, Solène Rigot, Pierre Lottin, Patrick Bouchitey, tout aussi remarquables, ne sont que prétextes à une suite de sketchs hilarants ou poétiques… en tout cas déjantés. Comment peut-on rater un film dont le héros parle écologie, récite du Confucius et joue les redresseurs de tort avec une pointe de détachement mystique parfaitement réjouissante. Ne ratez pas ce vrai moment de cinéma anamorphosé comme jamais. Du jamais vu.