Il y a des films qui semblent nés d’une soirée entre potes, trop tardive, trop enfumée, trop euphorique pour que quelqu’un dise “non”. C’est la fin est l’un de ces films – un délire mégalo, joyeusement cynique, souvent hilarant, parfois inspiré… mais aussi inégal, désordonné, et finalement plus curieux qu’inoubliable.
L’idée de départ est brillante : six célébrités de la comédie américaine enfermées dans la maison de James Franco pendant l’Apocalypse.
Et pas n’importe quelle fin du monde : un Jugement Dernier avec gouffres béants, rayons célestes, démons géants, et une fin en karaoké céleste.
Le tout servi par des acteurs jouant des versions caricaturales d’eux-mêmes : Seth Rogen en fausse conscience morale, Jay Baruchel en misanthrope coincé, Jonah Hill en faux gentil possédé, Franco en artiste mégalo, McBride en sociopathe déchaîné et Craig Robinson en voix de la raison (en peignoir).
Le film démarre très fort. Le rythme est nerveux, les gags fusent, les clins d’œil à la culture pop pleuvent.
On rit franchement de la cruauté gratuite, de l’absurdité des situations (Michael Cera version cauchemar coke & slap), de la moquerie assumée du star-system hollywoodien.
La méta-comédie fonctionne à plein régime. On sent la jubilation des acteurs à se moquer d’eux-mêmes. Et c’est souvent jouissif.
Mais très vite, cette énergie se dilue. L’humour devient répétitif, les tensions entre personnages tournent en boucle, et l’Apocalypse elle-même, pourtant omniprésente, finit par devenir décorative. Le film s’installe dans une dynamique de sketchs collés bout à bout, sans progression dramatique claire. L’impression de regarder une longue improvisation filmée devient difficile à ignorer.
Ce n’est pas que C’est la fin manque d’idées – au contraire, il en déborde. Mais trop souvent, ces idées ne sont pas explorées, juste balancées à l’écran avec l'espoir qu’elles fassent mouche. Certaines séquences paraissent bâclées, d’autres donnent la sensation d’avoir été conservées simplement parce que les acteurs ont ri en les tournant. L’équilibre entre anarchie jubilatoire et écriture structurée penche nettement vers la première, au détriment de l’impact global.
La réalisation, quant à elle, est fonctionnelle, jamais inspirée. On sent que la mise en scène s'efface au profit du jeu d’acteur et du script. Les effets spéciaux sont étonnamment solides pour une comédie, mais restent au service d’un spectacle qui hésite constamment entre parodie et prise au sérieux.
Plus problématique encore : le film tente vers la fin une forme de rédemption morale – au fond, une quête de salut à travers l’altruisme – mais cette bascule tonale n’est pas préparée, ni justifiée. Elle arrive comme un cheveu sur le démon, et n’a pas le poids émotionnel qu’elle prétend avoir.
Il faut cependant reconnaître au film une certaine audace. Il ose aller là où peu de comédies hollywoodiennes s’aventurent, dans la moquerie de soi jusqu’à l’absurde, dans l’irrévérence quasi totale. Mais cette liberté formelle, si elle est source de moments mémorables, engendre aussi un manque flagrant de cohérence.
On ressort de C’est la fin avec une sensation ambivalente. C’est un film drôle, parfois très drôle, mais qui fatigue. Un film original, mais inabouti. Une comédie ambitieuse dans son concept, paresseuse dans son exécution. Un film qui a tout d’un énorme “inside joke” entre amis célèbres, auquel le spectateur est convié… mais jamais vraiment inclus.
Un ovni cinématographique, attachant mais frustrant. Un feu d’artifice comique qui explose en tous sens… mais ne laisse pas beaucoup de lumière derrière lui.