Ayant été un énorme coup de projecteur pour Denis Villeneuve à l'époque, "Prisoners" est le premier gros succès de sa carrière. Par un casting alléchant et un sujet complexe, on peut facilement comprendre que le long-métrage a su attirer l'attention. En effet, l'histoire de ce projet nous raconte la disparition de jeunes enfants et des jours qui suivront pour les retrouver. Tout cela s'effectue dès l'introduction, au sein d'une des séquences les plus marquantes du long-métrage. Sur le papier, elle n'a rien de spécial, mais c'est cette impression de normalité brisée par la disparition des enfants, symbolisée par une musique angoissante et étant de plus en plus présente, qui marque vraiment le spectateur. Par la suite, une fois que ce choc fut passé, le film va donc se transformer en un thriller très sombre et possédant peu d'espoir. Que ce soit du côté des recherches policières ou des déboires du père pour les retrouver, le scénario plonge son spectateur dans une ambiance vraiment angoissante. C'est pourtant très vite remarquable, mais, par ces décors enneigés (qui sont donc peu ensoleillés) et par le faux esprit calme que dégage la caméra de Denis Villeneuve, on se sent véritablement oppressé. Le film dévoile d'ailleurs une sorte de thématique au travers de ce désespoir, qui est facilement compréhensible au niveau du sujet et qui a probablement traversé l'esprit de toutes les personnes ayant vécu cette situation. Dans ce contexte, doit-on faire confiance en la police ou appliquer la justice par nous-mêmes ? Et objectivement, le film est très efficace dans sa manière d'aborder le sujet, et ce sont clairement les deux acteurs principaux qui aident à cela. D'un côté, Jake Gyllenhaal a typiquement le caractère du flic qui fait bien son boulot, mais qui donne une impression franchement compliquée de son travail. Il est très méticuleux, mais en gardant son calme pendant presque tout le film, il renvoie logiquement cette apparence de désintéressé en ce qui concerne l'enquête. Du coup, on comprend qu'à côté de cela, le personnage de Hugh Jackman plonge de plus en plus dans la folie. À mon sens, c'est d'ailleurs la plus grande prestation du film, avec quelques séquences où sa rage ressort à un degré vraiment tétanisant. Je pense notamment à cette scène dans la salle de bain avec le marteau, qui joue constamment avec la ligne rouge et va pousser la question principale du film dans ses retranchements. Et donc, comme vous l'avez compris, j'estime que ce film fait parfaitement son job. Il est très bien réalisé, dans une ambiance parfaite pour traiter son sujet et avec casting aux petits oignons. Pourtant, d'un point de vue tout à fait personnel, j'ai quelques reproches à faire au projet. Dans l'ensemble, j'ai plein de choses à dire, et ces petits éléments, mis bout à bout, m'empêchent de considérer ce film comme un chef-d'œuvre. Globalement, le principal souci vient de la durée du film, qui aurait clairement pu être raccourci de trente minutes si les éléments avaient été mieux gérés ou si des détails avaient été supprimés.
Par exemple, je trouve que tout le sous-scénario avec Bob Taylor est un peu trop tiré par les cheveux, surtout quand on voit comment tout s'enchaîne. On a du mal à comprendre comment l'inspecteur Loki n'a pas fait le lien entre les labyrinthes et le collier de l'homme brûlé, surtout au vu de la ressemblance des symboles. On a juste la sensation que l'élément a été volontairement oublié pour faire rallonger le film, alors que tout semblait évident. Et par ailleurs, je trouve aussi que le final s'ouvre à beaucoup de facilités. Par exemple, j'ai vraiment du mal à croire que l'une des deux filles ait pu s'échapper aussi facilement. Et c'est d'autant plus questionnable quand on voit ce qui se passe derrière, avec un Keller qui comprend immédiatement les paroles incompréhensibles d'un enfant et qui se rend au bon endroit sans arme, alors qu'il s'est toujours méfié de tout pendant tout le film.
Certes, ces éléments sont infimes, et ce n'est pas ça qui va vous faire sortir de l'ambiance. Mais, de mon côté, dans un thriller aussi pointu, ces problèmes ressortent vraiment plus que d'habitude. Par conséquent, si tout est bien réussi, j'ai quand même été moins embarqué que d'autres à cause de ces petits défauts. Ils m'ont bien trop dérangé pour me convaincre pleinement, même si tout a été réalisé avec le meilleur soin possible. Pour conclure, une belle réussite, mais qui n'est pas sans fausses notes.