Il y a dans Deux jours, une nuit quelque chose de métronomique. Une femme, Sandra, sort de chez elle, traverse un lotissement, une ville, et va frapper à une porte. Elle parle. On lui répond. Puis elle repart, retourne à son point de départ et recommence. Ce n’est pas un récit au sens classique, c’est un tam-tam. Un compte à rebours.
À chaque fois la même scène, et pourtant chaque fois une variation. Comme si le film s’obstinait à sonder, par infimes décalages, le social. Mais ce martèlement, nécessaire et voulu, finit par trop tendre le récit.
Ici, pas de grands patrons ni de figures diaboliques : seulement des collègues, semblables, interchangeables, contraints de devenir juges ou bourreaux. Chaque séquence est une pièce de théâtre moral miniature, un duel de justifications, une pesée du cœur et du portefeuille. Mais à force de poser la même question : tu préfères mille euros ou ta collègue ?, le film finit par donner l’impression de ne plus chercher de réponse, mais de lasser le spectateur dans sa propre démonstration. On devine ce que dira la scène suivante avant qu’elle ne commence, on ressent l’usure du dispositif avant même que le personnage ne l’éprouve.
Et Sandra, justement ? Cotillard, superbe d’économie, semble ici à la fois trop et pas assez. Trop star pour se fondre dans l’anonymat du réel, pas assez incarnée pour faire vibrer une subjectivité pleine, traversée de doutes, de désirs, d’ombres.
Et pourtant, quelque chose résiste et persiste malgré tout. Car il y a ce final, surtout, qui ouvre une faille. Sandra dit non. Non à l’emploi retrouvé au prix d’un licenciement imposé à un autre. Non à la fausse victoire. Ce non est magnifique.
Mais ce geste ultime, aussi beau soit-il, n’échappe pas non plus à l’ambiguïté. Est-ce vraiment un basculement ? Ou bien une ultime ruse scénaristique pour donner à l’histoire une élévation morale, une sortie par le haut ? Est-ce l’épiphanie d’un personnage ou l’effet d’un système narratif qui cherche sa clôture ?