Je ne connaissais pas le réalisateur Laurent Tirard (je viens seulement de voir qu'il est décédé après une longue bataille contre la maladie). Le propos paraît être de vouloir montrer que l'amour authentique fait fi des préjugés, qu'on ne voit bien qu'avec le coeur, etc.
Le moins qu'on puisse dire est que les arguments de casting, scénaristiques et techniques ne sont pas à la hauteur d'une telle ambition. Et que toute la réalisation du film crie le manque d'authenticité.
- Le personnage masculin support à la prétendue démonstration est un homme d'un mètre 26, donc de petite taille - jamais désigné comme tel dans le film - mais appelé à plusieurs reprises "nain" (le film est dès années 2000, soit bien après la "loi" sur le changement d'appellation).
- S'il parvient à conquérir le personnage féminin (de taille normale), il est évident que c'est au prix d'un accomplissement personnel, matériel, professionnel, familial et de loisir très au-dessus du commun. Déjà fort rare chez "l'homme de base", on s'interroge sur la probabilité de le rencontrer chez une personne souffrant d'un handicap. Comment sont supposées à réagir à ce type de fabulation les personnes handicapées ne parvenant qu'à atteindre une réussite moyenne, et que dire à celles ayant un sentiment d'échec social ?
- Cet "extraordinaire" autant qu'improbable homme de petite taille est incarné par... Jean Dujardin, lequel n'apparaît que comme vignette incrustée dans l'image et autres trucages assez grossiers, avec des variations de proportions approximatives. Pourquoi avoir refusé de donner sa chance à un acteur, peut-être un peu moins petit, mais bien réel ?
- Dujardin joue particulièrement mal. Toutes ses répliques sont énoncées sur un ton égal, souriant, assez impersonnel et superficiel. Assez insupportable.
- Sur le plan amoureux, seuls des baisers sont montrés. Donc toute la dimension du rapprochement sensible et de l'apprivoisement des corps est éludée. Au réveil de la première nuit, naturellement merveilleuse, le cliché de la femme qui ouvre les yeux sans bouger en tâtant le lit à son côté pour chercher l'autre déjà levé, est ridicule. Ce n'est qu'un exemple.
- Le seul obstacle à cette idylle est le regard des proches, de la mère de la femme notamment, bref une question d'image.
On a donc une sorte de conte de fées moderne en cinéma partiellement d'animation, au point que le résultat est grotesque et propre à renforcer les stigmates sociaux des handicapés. Bref, l'enjeu de ce film pour le moins maladroit et pas très intéressant laisse perplexe.