Adapter 1200 pages d'Alexandre Dumas en trois heures, c'était casse-gueule, et pourtant on ne voit pas le temps passer. Le film tranche net : la vitesse plutôt que l'introspection, un train lancé qu'on ne lâche jamais. On perd forcément un peu de la subtilité du roman (quelques personnages réduits à leur fonction, des digressions passées à la trappe), mais la mécanique essentielle tient : l'injustice, puis la vengeance patiemment construite. Moi qui adore le livre, je n'ai pas boudé une seconde devant ce parti pris. On pourrait y voir une origin story de justicier, un Bruce Wayne du XIXe. Sauf que le film est plus malin : au lieu de se vautrer dans le plaisir de la vengeance, il en montre le prix. Cette façon dont Edmond se détruit en se vengeant. Du cape et d'épée à l'ancienne, classique sans être poussiéreux, porté par une production qui domine de loin l'ordinaire français : décors, costumes, lumière, tout est au rendez-vous.
Pierre Niney est glaçant, débarrassé du stéréotype du jeune premier. D'abord le Dantès solaire, puis le comte tout en colère rentrée et obsession du contrôle. Et Laurent Lafitte, qui « adore toujours autant jouer les salopards », compose un gredin tout en courtoisie feutrée, terrifiant précisément parce qu'il ne force jamais le trait. Au bout, un romanesque grave qui assume sa noirceur sans jamais chercher la légèreté, et qui prouve qu'un classique du patrimoine peut redonner ses lettres au cinéma populaire français. Reste sa question : peut-on rester quelqu'un de bien en assouvissant la pire des haines ?