Ah, les grosses licences… Quand tu nous tiens ! Est-ce qu’un jour les studios américains auront la sagesse de laisser en paix leurs franchises les plus lucratives ? Probablement pas - tant qu’elles continueront à rapporter des millions. Et est-ce une bonne chose ? Oui… et non.
Fan de la saga "Jurassic Park" depuis le premier film (surtout des deux premiers volets), j’avoue avoir plutôt apprécié ce septième épisode. Si on m’avait dit, gamin, qu’il y aurait un jour six suites au chef-d’œuvre de Spielberg, je ne l’aurais jamais cru !
Depuis quelques années, Hollywood adore essorer jusqu’à la dernière goutte les licences de notre enfance, sous couvert de nostalgie et de rentabilité. Mais après tout, les suites à succès ne datent pas d’hier - "La Planète des singes" de 1968 en compte déjà cinq ! Restons donc sur notre sujet favori : les dinosaures les plus emblématiques du cinéma.
"Jurassic World : Renaissance" nous ramène sept ans avant l’ouverture du parc Jurassic World, sur l’île de Saint-Hubert, où InGen continue de créer des espèces hybrides destinées au futur parc. Mais évidemment, tout dérape : une créature monstrueuse - le Distortus Rex - s’échappe et décime le personnel, forçant l’évacuation de l’île.
Dix-sept ans plus tard, soit dix ans après "Jurassic World", les dinosaures dispersés dans le monde suite au désastre de "Dominion" survivent difficilement dans les zones équatoriales. Une société pharmaceutique, ParkerGenix, recrute le paléontologue Dr Henry Loomis et l’ex-agent Zora Bennett pour prélever des échantillons biologiques de trois gigantesques créatures préhistoriques, censées contenir la clé d’un nouveau traitement médical. Une mission simple en apparence... mais forcément périlleuse.
Première bonne surprise : le film corrige les absurdités du précédent volet. Fini l’idée ridicule de dinosaures envahissant la planète entière en quelques semaines ! Ici, les dinosaures peinent à survivre hors de leur environnement tropical, car ils ont été génétiquement conçus pour ces climats. Ils redeviennent ainsi des animaux fragiles et rares, et non des menaces planétaires. Un concept intelligent, qui fait écho à la franchise elle-même : des créatures jadis mythiques, devenues presque banales, mais auxquelles on reste attaché par pure nostalgie.
Là où "Renaissance" est une totale réussite, c’est sur le plan visuel. Gareth Edwards, déjà maître du gigantisme avec Godzilla (2014), livre un spectacle impressionnant, fluide et maîtrisé. Ancien créateur d’effets spéciaux, il était le choix idéal pour redonner vie à ces colosses préhistoriques.
Les FX sont superbes, les dinosaures impressionnants, la mise en scène efficace et respectueuse du travail de Spielberg et Stan Winston. Quelques fonds verts un peu ratés (notamment pendant la scène du Mosasaure), mais rien de dramatique.
Mention spéciale à la scène des sauropodes, d’une beauté émouvante ; au Tyrannosaure, plus effrayant que depuis longtemps ; et à la séquence de chasse du Mosasaure, véritable bijou de tension et d’intensité - probablement l’une des meilleures scènes de toute la saga.
Quant aux personnages et à l’écriture, en revanche, c’est la douche froide. Le scénario est minimaliste, et les personnages clichés au possible. Ils ne servent que de prétexte pour faire avancer l’action et se faire dévorer dans l’ordre attendu.
Les héros principaux sont intouchables, les seconds rôles sacrificiels, et le méchant - caricatural - finit évidemment en dîner de dinosaure. Scarlett Johansson campe une sorte de Lara Croft armée d’un fusil : prometteur sur le papier, fade à l’écran. Jonathan Belley s’en sort un peu mieux, grâce à sa sincérité et sa fascination pour les dinosaures - un reflet touchant de la nostalgie du spectateur. En revanche, Rupert Friend (l’antagoniste) est catastrophique, et Mahershala Ali gaspillé, malgré son immense talent. Quant à la petite famille de rescapés... totalement oubliable.
L’intrigue, elle, se résume à : aller sur une île, prélever le sang de trois dinosaures, et repartir.
Simple, voire trop simple. Pas de discours sur la science, le clonage ou la morale. On avance d’un point A à un point B comme dans un jeu vidéo. Même la présence du scénariste David Koepp (auteur du premier Jurassic Park) ne sauve pas le tout.
Les dinosaures hybrides ne servent presque à rien dans l’histoire. On entrevoit des idées prometteuses - comme ces raptors à deux têtes - mais elles ne sont jamais exploitées.
Le Distortus Rex, pourtant terrifiant, n’a aucun rôle réel sinon de dévorer le méchant à la fin. Le film se prive d’un vrai potentiel horrifique, à la "Alien", pour retomber dans une redite visuelle des anciens volets.
On aurait préféré voir de "vrais" dinosaures méconnus, comme le Deinonychus ou le Sarcosuchus, plutôt que ces créations génétiques sans âme.
La fin du film, attendue et sans surprise, est d’une banalité affligeante. Bâclée, elle voit nos trois survivants - Zora, Loomis et Duncan (interprété par Mahershala Ali) - quitter l’île à bord d’un petit bateau à moteur, portés par la noble idée de distribuer le médicament gratuitement au monde entier. Une conclusion digne d’un dessin animé pour enfants, d’une naïveté presque pathétique, surtout pour une saga qui, autrefois, savait conclure avec force et gravité. Face à l’ampleur et au potentiel de l’univers "Jurassic", cette fin sonne creux, comme un épilogue précipité, sans émotion ni impact.
Composée par Alexandre Desplat, la BO est malheureusement aussi fade que les personnages. Le thème mythique de John Williams est bien présent - deux fois seulement - et reste aussi magique qu’à l’époque, mais il manque d’audace et d’émotion dans le reste du film.
Verdict : malgré ses défauts évidents - scénario creux, personnages stéréotypés et bande-son oubliable -, "Jurassic World : Renaissance" parvient à offrir un vrai divertissement visuel, rythmé et spectaculaire.
Les fans de dinosaures y trouveront leur compte, avec des créatures impressionnantes et des scènes d’action grandioses.
Les fans de bons scénarios, en revanche, resteront sur leur faim.
Un film efficace mais sans âme, qui redonne un peu de dignité à la saga, sans jamais retrouver la magie ni la profondeur du chef-d’œuvre de 1993.