Mysterious Skin
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Clément
Clément

1 abonné 78 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 27 août 2026
Ce qui m'a surtout marqué, c'est la manière dont le film montre les conséquences d'un traumatisme sans chercher à tout expliquer directement.

Le film peut cependant être très difficile à regarder. Araki ne cherche pas à rendre son sujet confortable et certaines scènes sont volontairement dérangeantes. Le film contient également des situations sexuelles explicites et des comportements autodestructeurs qui peuvent rendre le visionnage éprouvant. Cette dureté n'est pas gratuite, mais elle peut malgré tout créer une certaine distance avec le spectateur.

Le film repose beaucoup sur ses deux personnages principaux, Neil et Brian, qui ont vécu le même événement durant leur enfance mais en ont gardé des souvenirs et des réactions totalement différents. Cette construction permet à Araki de montrer que deux personnes peuvent subir une même expérience et développer des mécanismes de défense complètement opposés.

Joseph Gordon-Levitt livre une interprétation particulièrement forte dans le rôle de Neil. Son personnage affiche une forme de détachement et semble avoir construit toute sa personnalité autour de ce qui lui est arrivé. Il y a chez lui quelque chose de provocateur, parfois même dérangeant, mais le film laisse progressivement apparaître la fragilité qui se cache derrière cette attitude.

Brady Corbet, dans le rôle de Brian, propose un registre beaucoup plus réservé. Son personnage est marqué par une absence de souvenirs et par la conviction qu'un événement important de son enfance lui échappe. Cette recherche devient progressivement une manière de comprendre ce qu'il est devenu.

Ce que j'ai trouvé particulièrement réussi, c'est la façon dont la mise en scène traduit les souvenirs et les perceptions. Araki utilise des couleurs très marquées, des ralentis, des transitions et des passages presque irréels. Le film peut donner l'impression de flotter entre le présent, le souvenir et l'imagination. Cela crée une atmosphère étrange, mais qui correspond parfaitement à l'état mental des personnages.

La photographie est d'ailleurs assez paradoxale. Certaines images sont très belles, presque lumineuses, alors que ce qui est raconté est extrêmement sombre. Araki utilise cette opposition pour éviter de rendre le film constamment misérabiliste. Il y a une véritable douceur dans certaines scènes, mais elle est toujours accompagnée d'une forme de tristesse.

La bande originale participe énormément à cette atmosphère. La musique donne au film une dimension presque rêveuse et accompagne très bien son mélange de mélancolie, de malaise et de nostalgie. Elle permet notamment de créer un contraste entre l'apparente légèreté de certains moments et la gravité de ce qui se trouve derrière.

Le montage est également intéressant parce qu'il ne raconte pas tout de manière chronologique. Le spectateur doit progressivement reconstruire ce qui s'est passé et comprendre les liens entre les différentes périodes de la vie des personnages. Cette structure demande un peu d'attention, mais elle renforce justement l'idée d'un souvenir fragmenté.

J'ai aussi trouvé que le film pouvait parfois être un peu trop démonstratif dans son esthétique. Les effets de style, les couleurs et certaines transitions sont tellement marqués qu'ils peuvent donner l'impression que la forme prend momentanément le dessus sur les personnages. Cela reste cohérent avec l'univers d'Araki, mais tout ne fonctionne pas forcément avec la même force.

Ce qui reste néanmoins le plus intéressant, c'est que Mysterious Skin ne cherche pas à présenter le traumatisme comme quelque chose qui se résout simplement. Les personnages ne sont pas définis uniquement par ce qui leur est arrivé, mais ils sont profondément façonnés par celui-ci. Le film s'intéresse davantage aux conséquences qu'à l'événement lui-même.

En conclusion, Mysterious Skin est un film sombre, mélancolique et profondément marquant, porté par deux interprétations remarquables et une mise en scène très personnelle. Gregg Araki utilise la couleur, la musique, le montage et les souvenirs fragmentés pour représenter la manière dont un traumatisme peut déformer la perception du passé et influencer toute une existence. Certains choix esthétiques peuvent paraître un peu appuyés, et le sujet rend le film particulièrement éprouvant, mais son approche reste singulière et sincère. Une œuvre difficile, mais surtout une œuvre qui reste longtemps en tête après le générique.
ferdinand75

735 abonnés 4 529 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 19 août 2026
Un film puissant, dur , assez surprenant de la part de Gregg Araki, plutôt habitué à nous livrer des films déjantés /arty, voir proche de la néo comédie farfelue.
Ici on est dans le Drama , ou plutôt dans l’ultra- réalisme, abordant deux sujets ultra -complexes, sulfureux : la pédophilie et la prostitution homosexuelle de mineurs. Le film est très intelligemment construit mêlant deux destins parallèles, des flashs- backs et l’évolution des personnages dans la temps.
La force de Araki est de traiter de ces sujets, avec un « juste » ton, avec beaucoup de réserve, film âpre , rugueux, mais sans pathos, avec une sorte de distanciation froide, mais avec des images terribles, ou plutôt un montage choc. Car Araki arrive à parler très clairement des actes, même les plus ignobles, sans montrer réellement, avec une force terrible, puisque 2 ou 3 scènes sont pratiquement insoutenables.
C’est probablement le meilleur film sur la pédophilie, le plus culotté, le plus transgressif, car c’est un thème quasiment inabordable, en « images » .Le plus complet, vaste , « intégral » abordant des parties sombres comme : le profil des prédateurs, la soumission passive, voir une forme d’adhésion pour certains, de certain jeune , la violence des rapports.
Tout est dit, aucun tabou, y compris des postures dérangeantes.
Araki produit un film fort , dense, assez unique , et très libre aussi.
Cadreum
Cadreum

75 abonnés 826 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 3 août 2026
Gregg Araki, cinéaste de la « Teen Apocalypse Trilogy », l'homme qui avait fait exploser un amant en cafard géant, adapte le roman de Scott Heim pour signer le film à la tonalité la plus grave de sa carrière. Mysterious Skin suit deux adolescents de Hutchinson, Kansas, que tout oppose et qu'un même été relie à leur insu. Neil (Joseph Gordon-Levitt) se prostitue auprès d'hommes plus âgés et se souvient de son entraîneur de baseball comme du grand amour de ses huit ans. Brian (Brady Corbet) a perdu cinq heures de sa vie ce même été, trou noir, nez en sang, évanouissements, et s'est construit une explication : il a été enlevé par des extraterrestres.

Brian ne ment pas et ne simule pas. Il croit sincèrement à ses aliens, parce que sa psyché d'enfant a réécrit en fiction supportable un événement littéralement impensable. Le spectateur comprend très vite ce que Brian ignore, et cette avance littéralise le mécanisme de la dissociation, où le souvenir traumatique est recouvert d'un récit de substitution. Le film ne raconte donc pas la découverte d'un secret mais le lent démontage d'une fiction protectrice, ce qui est infiniment plus juste et plus cruel : détruire cette fiction, c'est détruire ce qui a permis à Brian de tenir debout.

Encore faut-il voir dans quel magasin d'accessoires cette fiction a été puisée. Brian n'invente pas ses extraterrestres, il les emprunte à l'imaginaire disponible autour de lui, celui de l'Amérique de la fin des années quatre-vingt, de ses talk-shows, de ses témoignages d'abduction, de ses cercles de parole où l'on raconte le ciel plutôt que la maison d'à côté. Le trauma s'habille des mythologies que son époque lui tend. Que le pays ait produit, dans ces années précises, une vague entière de récits d'enlèvement extraterrestre en dit long sur sa préférence : il est infiniment plus confortable de scruter le ciel du Kansas que d'ouvrir les pavillons alignés en dessous. Araki n'a pas besoin d'énoncer cette ironie, il la met en scène en donnant à Brian une communauté de croyants qui l'écoute avec un sérieux que personne, jamais, n'a accordé à ce qu'il aurait pu dire d'autre.

Face à Brian l'amnésique, Neil l'hypermnésique. Cette structure bicéphale cartographie deux réponses possibles au même événement : l'un a tout refoulé, l'autre se souvient de tout ; l'un a verrouillé son corps, l'autre l'offre compulsivement ; l'un fuit dans la fiction, l'autre dans le souvenir. Le film entier devient la lente convergence de ces deux lignes vers la scène où les deux mémoires, enfin réunies, pourront reconstituer ce qu'aucune ne pouvait porter seule.

Ce sujet exigeait d'Araki un sacrifice qui commande tout le reste : il abandonne ici son arsenal complet, cartons sarcastiques, saturations pop, second degré permanent. Cette mue est la condition morale du projet. L'ironie, qui protégeait ses films précédents de la sentimentalité, aurait ici protégé le spectateur de ce qu'il doit éprouver. En renonçant à sa signature au moment où le sujet l'exigeait, Araki démontre qu'un style n'est pas une identité mais un outil, et que le grand cinéaste est celui qui sait reconnaître le moment où le sien devient un obstacle.

Cette rigueur gouverne la mise en scène de l'abus. Les scènes avec l'entraîneur sont filmées à hauteur d'enfant, fragmentées, allusives : une boîte de céréales, un doigt, une photo. Le film ne montre jamais rien et fait pourtant tout comprendre sans équivoque, déplaçant l'horreur de l'image vers la reconstitution mentale du spectateur. C'est la seule position tenable, celle qui refuse à la fois le spectacle de l'abus et son euphémisation. La terreur naît précisément de ce que la caméra épouse la perception de l'enfant, séduite, confuse, incapable de nommer ce qui arrive, ce qui fait éprouver le mécanisme de l'emprise au lieu d'en exposer le résultat. Le film devient alors réellement utile : il montre pourquoi un enfant ne dénonce pas, pourquoi la frontière entre affection et prédation est indiscernable pour le sujet qui la subit.

Il faut ajouter ce que le film place autour de cette chambre. L'entraîneur n'est pas un monstre venu d'ailleurs, c'est une institution locale, un homme à qui une petite ville confie ses fils parce qu'il incarne exactement ce qu'elle vénère, le baseball, l'encadrement viril, l'attention paternelle offerte gratuitement là où les pères manquent. Neil vit avec une mère qui aligne les amants et ne surveille rien, Brian avec un couple en décomposition. La prédation ne s'installe pas malgré la communauté, elle s'installe grâce à elle, dans l'angle mort que crée une société ayant délégué la surveillance de ses enfants au premier adulte qui accepte de s'en occuper. C'est aussi pourquoi Neil ne peut pas rester : le Kansas ne lui propose aucun horizon, ni travail, ni désir avouable, et New York apparaît comme le seul débouché d'une économie qui n'a jamais rien eu à lui offrir sinon son corps.

Reste le point le plus périlleux. Neil dit avoir aimé son entraîneur, se souvient de cet été comme d'un privilège, et Araki ose maintenir ce point de vue sans le corriger par un discours. Représenter la parole d'une victime qui a intégré la grammaire de son agresseur expose à tous les malentendus, à commencer par le pire : celui qui ferait de l'homosexualité de Neil un produit de l'abus. Le film coupe cette lecture à la racine. Neil regardait déjà les hommes avant, il se savait déjà différent, et ce que l'entraîneur a détecté n'est pas une innocence à corrompre mais un désir sans destination dans une ville qui n'en prévoyait aucune. La nuance décide de tout, parce qu'elle sépare le film du discours homophobe qui confond depuis toujours prédation et transmission, et parce qu'elle interdit d'expliquer la prostitution de Neil par une causalité mécanique. Sa trajectoire ne démontre pas qu'il répète l'abus, elle montre un garçon qui négocie avec la seule scène où il se soit jamais senti choisi, jusqu'à cette passe new-yorkaise d'une violence sèche qui marque le point où la négociation cesse d'être maîtrisable. La structure du film se charge ainsi du travail de vérité que Neil ne peut pas faire, sans qu'aucun personnage n'ait à le contredire. Joseph Gordon-Levitt, alors connu pour une sitcom familiale, porte cette opacité avec un magnétisme glaçant, charme félin, regard mort, douceurs soudaines, tandis que Brady Corbet lui oppose un corps rétracté et une panique blanche : deux grammaires corporelles pour deux stratégies de survie, et la réussite du film tient pour beaucoup à ce que ces deux jeux ne se ressemblent en rien.

Cette concentration se paie. Heim écrivait à cinq voix, Araki n'en garde que deux, et tout ce qui n'est pas Neil ou Brian se retrouve assigné à une fonction : Wendy est la lucidité, Eric l'accueil, Avalyn la croyance, la mère de Neil l'abandon. Le roman leur donnait un intérieur, le film leur donne un emploi. Le procédé se voit surtout dans la section new-yorkaise, qui procède par vignettes et enchaîne les dangers avec une régularité de programme, comme si le récit devait cocher les étapes d'une dégradation dont il connaît d'avance le terme.

Il faut enfin regarder en face ce dont le film ne se sort pas entièrement. Mysterious Skin est un objet somptueux, nappes ambient de Harold Budd et Robin Guthrie, lumière de miel, corps de Gordon-Levitt filmé avec un désir qui n'a rien d'accidentel. On peut soutenir que cette beauté ouatée est la texture même de la mémoire traumatique, belle d'une beauté qui protège. L'argument n'est recevable qu'à la condition que cette douceur soit attachée à une conscience, qu'elle soit la perception de quelqu'un. Or elle ne l'est jamais. Elle recouvre indistinctement les intérieurs blafards de Brian et les néons de Neil, la petite ville et New York, les scènes de dissociation et celles qui n'en relèvent pas ; elle est appliquée au film entier comme une pellicule uniforme, ce qui la rend impossible à créditer d'un point de vue. Ce qui devrait être un dispositif subjectif est une signature d'auteur. Et une signature ne peut pas se justifier par le trauma qu'elle enveloppe, puisqu'elle envelopperait de la même façon n'importe quoi d'autre.

Reste un seul endroit où la beauté travaille vraiment : les scènes avec l'entraîneur, où la chaleur du salon, la pluie derrière la vitre et l'attention d'un adulte sont belles parce que l'enfant, lui, les trouve belles. Là, l'esthétique est un argument, elle fait éprouver la séduction au lieu de la décrire, et elle interdit au spectateur le confort de reconnaître un monstre au premier plan. Ailleurs, elle lisse ce qu'elle devrait rendre insoutenable, elle offre une position de contemplation là où il faudrait une position de gêne, et elle finit par anesthésier précisément ce qu'elle prétend éclairer. Araki n'a pas eu à choisir entre séduire et répugner — il aurait fallu choisir où séduire, et le film ne le fait pas.

Reste la dernière séquence, une nuit de Noël dans la maison vide de l'entraîneur, où Neil parle enfin et où le film choisit de rester sur les visages plutôt que d'illustrer ce qui se dit. Tout y est renvoyé au récit et à ce qu'il fait à celui qui l'écoute. Aucune catharsis n'est proclamée, aucune guérison promise, et le film a cette honnêteté de ne pas confondre savoir et réparation. Dire ce qui est arrivé n'efface rien. C'est seulement la condition pour que quelque chose, peut-être, commence.
Matt
Matt

27 abonnés 296 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 4 mai 2026
Quel petit bijoux… Joseph Gordon Levitt est impressionnant, et le mot est faible. C’est tellement bien joué que ça nous transporte dés les premières minutes… la réalisation est géré au millimètre, c’est grandiose, mais qu’est ce que l’histoire est dur… d’une brutalité sans nom. Ça prend aux tripes.
RêveEnScope
RêveEnScope

9 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 31 mars 2026
Film troublant et profondément dérangeant, Mysterious Skin explore les traumatismes de l’enfance avec une délicatesse aussi glaciale qu’inoubliable. La mise en scène hypnotique capte une innocence brisée sans jamais sombrer dans le voyeurisme. Les performances habitées donnent une humanité poignante à des personnages en quête de vérité. Entre rêve et cauchemar, le récit dérive avec une lenteur presque irréelle. Une œuvre difficile mais essentielle, qui laisse une empreinte durable bien après le générique.
GDP
GDP

15 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 23 mars 2026
Très courageux et ardu de réaliser un film sur ce thème là, film sans aucun doute réussi, même si pour le spectateur cela peut être difficile à visionner.
Clap
Clap

11 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 22 mars 2026
Mysterious Skin est un drame poignant et audacieux qui aborde ses thèmes avec une rare sensibilité.
Gregg Araki y signe une œuvre à la fois dure et profondément humaine.
La narration entremêle douleur et poésie avec justesse.
Les performances, notamment celles de Joseph Gordon-Levitt et Brady Corbet, sont bouleversantes.
Un film marquant, dérangeant mais d’une grande beauté.
cloviiiiiiiiiistr
cloviiiiiiiiiistr

2 abonnés 13 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 18 mars 2026
J'ai du le revoir une nouvelle fois le lendemain de mon premier visionnage pour avoir toutes mes idées en place tant ce film est spécial. Il est très bien, des musiques mélancoliques, c'est beau, efficace et vraiment sensibilisant. Même si il a quelques défauts, notamment la narration qui ralenti trop brusquement après les trente premières minutes pour de se relancer dans les séquences de fins


Update 03/2026 : l'histoire et les agissements de femtogo me font penser à la mentalité de Neil
Johan
Johan

1 abonné 29 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 28 novembre 2025
Mysterious Skin est de ces films qui s’imposent d’emblée dans la mémoire, non pas par goût du choc mais par la précision presque fragile avec laquelle il aborde des sujets habituellement relégués à l’indicible. Je l’ai trouvé particulièrement dur mais cette dureté n’annule jamais sa justesse. Elle en est même la condition.

Le film repose sur un dispositif simple : deux trajectoires parallèles, liées par un événement commun que les personnages eux-mêmes n’arrivent pas à nommer. Le spectateur, lui, en prend conscience progressivement. On sait qu’un moment inévitable approche, une forme de retour, de rencontre, de réveil. La tension vient de cette attente, de cette certitude que la mémoire, même enfouie, finit toujours par se rappeler à soi.

Ce qui rend le film si puissant, c’est la manière dont Gregg Araki filme l’irréparable sans sombrer dans le sensationnalisme. C’est cru, parfois brutal, mais toujours intelligemment cadré : on n’est jamais dans le voyeurisme. Il montre l’impact, les répercussions, la destruction de l’innocence mais jamais l’acte lui-même. Cela participe à la dignité du film.

Dans ce parcours éclaté, les deux personnages principaux incarnent des réponses psychologiques radicalement différentes. Joseph Gordon-Levitt est exceptionnel : son personnage semble évoluer en permanence sur une ligne de crête, auto-destructrice, presque insoutenable tant sa trajectoire accumule les violences. L’autre protagoniste, à l’opposé, se réfugie dans une distance teintée d’illusion spoiler: : persuadé d’avoir été enlevé par des extraterrestres, il cherche désespérément à donner une forme acceptable à ce qui lui est arrivé
. Cette analogie, cette tentative d’expliquer l’inexplicable, évite au film de sombrer dans un monochrome glauque. Elle offre un contrechamp émotionnel qui devient indispensable pour supporter ce que traverse l’autre personnage.

Et puis il y a ce moment attendu : la rencontre, la révélation. Elle est d’une brutalité absolument maîtrisée. Le film atteint là un de ses sommets, parce qu’il montre sans expliquer, il laisse les personnages et leur vécu se confronter sans qu’aucune morale ne leur soit imposée. Mysterious Skin n’est pas un film réconfortant, et c’est précisément ce qui lui permet de rester honnête jusqu’au bout. Il n’y a aucune garantie pour la suite de leurs trajectoires, aucune promesse de résilience bien ordonnée.

Les adultes, les familles, sont montrés avec une passivité presque insupportable, frustrante, énervante, tellement proche d’une certaine réalité qu’on préférerait ignorer. Heureusement, quelques figures secondaires apportent une humanité dont le film avait besoin : le personnage d’Eric, notamment, agit comme un contrepoint tendre dans cet univers sinon entièrement dévasté.

Ce qui reste, une fois le film terminé, c’est une forme de lucidité douloureuse. L’histoire est belle dans ce qu’elle révèle, aussi sordide soit ce qu’elle raconte. Belle, parce qu’elle regarde en face la fragilité, l’isolement, l’exploitation et la manière dont chacun tente de survivre au chaos d’une enfance fracturée.
Topmoumoute92
Topmoumoute92

1 abonné 10 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 15 octobre 2025
Ce film s'imprime en soi, et pour longtemps. C'est une expérience esthétique, émotionnelle, sensorielle, intellectuelle.
L'image est magnifique, la musique envoûtante, le scénario complexe, les acteurs / actrices sublimes. L'intelligence avec laquelle le film traite de la pédocriminalité, notamment avec et par un bel homme sympathique permet de saisir et ressentir les ravages d'ambiguïté qu'elle crée et donne beaucoup à penser, en restant toujours éthique : la mise en scène est précise et jamais complaisante, le propos bien que très complexe ne dévie jamais. La bonté des personnages, leur amitié, la quête folle de Bryan, la beauté fracassée de Neil, la puissance du déni et la profondeur infinie de la douleur, tout mène à une séquence finale inoubliable. Une des plus belles fins que j'ai jamais vue. Un des plus beaux films que j'ai jamais vus.
Agnes L.
Agnes L.

233 abonnés 2 050 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 10 septembre 2025
Le réalisateur Gregg Araki a réussi un film puissant et dérangeant sur le destin de deux garçons dont les pères sont quasi absents du domicile. Il les suit à deux périodes de leur vie avec deux paires de jeunes acteurs. Tout d'abord, à l'âge de huit ans, lorsqu'ils jouent au baseball dans la même équipe. Autant Neil y réussit bien et devient le chouchou de son entraîneur, autant Brian, timoré et maladroit, cire le banc de touche. Il va leur arriver quelque chose de très important à cet âge qui va conditionner la suite de leur existence. Une dizaine d'années plus tard, Neil et Brian ont évolué différemment mais les deux sont très perturbés dans leur vie affective et relationnelle. Le spectateur va comprendre pourquoi avec des scènes crues où les actes sexuels sont cependant plus suggérés que montrés. Celui qui a surtout retenu mon attention, Neil McCormick est joué par Joseph Gordon Lewitt, un acteur qui a vingt trois ans au moment du tournage mais en paraît cinq ans de moins. Rien que pour découvrir son jeu exceptionnel dans ce rôle délicat, je vous conseille ce film remarquable qui n'a pas peur de dénoncer les conséquences des violences faites aux enfants.
Emywood
Emywood

1 abonné 190 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 27 février 2025
Je viens à l’instant de visionner ce film et voici mon avis à chaud : je ne suis pas prête d’oublier Mysterious Skin, je pense même que je suis marquée pour toujours ! Ce film est un pur chef d’oeuvre. Larmes garanties je préviens…Il aborde un sujet très difficile, avec une belle narration, des mises en scènes et un jeu d’acteur d’une puissance monumentale. Ces deux jeunes que tout oppose spoiler: se retrouvent pour une scène finale absolument bouleversante.

Performance remarquable de Joseph Gordon-Levitt qui m’a bluffée et bien sûr l’étincelante Michelle Trachtenberg qui vient de nous quitter aujourd’hui et qui est la raison pour laquelle j’ai voulu voir ce film ce jour précisément.
DreamyFramesSeeker
DreamyFramesSeeker

21 abonnés 138 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 13 décembre 2024
Mysterious Skin est, pour moi, une œuvre magistrale qui marie une sensibilité artistique rare à une profondeur thématique fascinante. Gregg Araki signe ici un film d'une poésie visuelle marquée, où la photographie joue avec les couleurs saturées et les ombres pour capturer la dualité des personnages. Le design sonore, mélancolique et envoûtant, amplifie cette immersion, notamment par ses choix musicaux délicats qui renforcent l’intimité de chaque scène.

Les performances de Joseph Gordon-Levitt et Brady Corbet sont exceptionnelles, incarnant avec une sincérité désarmante des trajectoires marquées par la douleur et la résilience. Avec une mise en scène à la fois douce et crue, le film évite le sensationnalisme, sublimant ainsi un récit aussi dur qu’élégant.
AdriBrody
AdriBrody

19 abonnés 789 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 8 juin 2024
Franchement malsain, Mysterious Skin aborde les thèmes de la pédophilie et de la prostitution masculine sans jamais y apporter un quelconque jugement ou en utilisant des sujets tabous. Les personnages sont comme ils sont et on les suit à travers leur histoire. Bien sûr, c'est dérangeant de voir ces scènes entre un coach sportif et l'un de ses jeunes joueurs âgé de 8 ans et ce qui suit n'est pas moins dérangeant. Mais par la manière dont tout ceci est abordé permet de ne pas le traiter comme du glauque mais plutôt comme un triste passage dans une vie.
C'est assez fort de pouvoir traiter d'un thème aussi difficile que la pédophilie sans jamais juger le pédophile ni apporter un quelconque message. Et Joseph Gordon Levitt, encore tout jeune à cette époque, montrait déjà tout son talent.
streletz
streletz

12 abonnés 16 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 6 mars 2024
Un film puissant et important qui offre une réflexion profonde sur la nature de la mémoire, de la survie et de l'identité.
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