Comme son ami d'enfance Matt Damon, Ben Affleck a grandi à Cambridge, la ville de Harvard et du M.I.T. juste séparée de Boston par la rivière Charles. Ce lien à la capitale du Massachusetts se manifeste dans sa courte cinématographie en tant qu'auteur : "Will Hunting" a comme cadre le M.I.T.,"Gone Baby Gone" est une adaptation d'un roman de Dennis Lehane dont toute l'oeuvre se déroule entre la rivière Charles et la rivière Mystic, et le quartier de Charlestown, annexé par Boston en 1874, sert de toile de fond à ce nouveau polar. Comme le très new-yorkais Scorsese a posé ses caméras depuis deux films à Boston, on va finir par se représenter la ville d'Edgar Alla Poe comme la capitale du crime...
Après avoir vu "The Town", j'ai regardé en DVD "Gone Baby Gone" que j'avais raté à sa sortie, et j'ai été frappé par un certain nombre de similitudes : les travelings aérien au-dessus des blocs de briques rouges, l'usage (l'abus ?) de la caméra portée dans les scènes d'action, les plans sur la population ouvrière, ou la musique passe-partout de Harry Gregson-Williams. J'ai aussi été marqué par la différence entre les deux scénarios : celui tiré du roman de Lehane portait la noirceur inhérente à toutes ses histoires, même si l'ensemble est un peu affadi par le jeu mollasson de Casey Affleck. Le scénario de "The Town", tiré du livre de Chuck Hogan n'a pas la même gravité, et il oscille en permanence entre film noir et comédie sentimentale.
Pas de plongée au coeur du mal, pas de jeux troubles sur les apparences, pas de dilemne comme à la fin de "Gone Baby Gone". Au contraire, le recours aux souverains poncifs : le bad guy qui veut se sortir de son milieu criminogène et qui va faire le coup de trop, le gangster qui tombe amoureux de sa victime et qui se retouve pris dans la nasse de son mensonge. Cette impression de déjà-vu se retrouve aussi dans la réalisation de plusieurs scènes, comme ce braquage avec des masques qui rappelle furieusement la scène d'ouverture du " Dark Knight".
Il y a un indéniable savoir-faire, notamment pour les scènes d'action, mais on a l'impression d'avoir déjà vu chaque scène un bon nombre de fois. On ne s'ennuie pas vraiment, comme on ne se passionne pas non plus, et quelques heures après l'avoir vu, on commence déjà à oublier ce "The Town" formaté selon les normes en vigueur à Hollywood.
Critiques Clunysiennes
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