Un film profondément prenant, qui dure pourtant 2h30 sans que l’on ne voie le temps passer. Un prophète s’impose par une mise en scène d’un réalisme saisissant, presque documentaire. Jacques Audiard privilégie la caméra à l’épaule et les focales courtes, ce qui nous place constamment au plus près de Malik, jusque dans l’intimité de sa cellule. On a réellement la sensation d’être enfermé avec lui.
Ce réalisme passe aussi par la représentation du milieu carcéral, brut et sans artifices. Le fait de suivre Malik dès les premières minutes de son incarcération renforce encore cette immersion. On ne sait presque rien de son passé, ni vraiment pourquoi il est là, ce qui facilite énormément l’identification. On découvre cet univers en même temps que lui, avec la même naïveté et la même peur.
Le film raconte avant tout une évolution. Celle de Malik dans cette micro-société qu’est la prison, où il gravit progressivement les échelons. Mais cette transformation est aussi personnelle et presque paradoxale. C’est dans cet environnement hostile qu’il va se construire, apprendre à lire, à écrire, à parler, et finalement à comprendre le monde qui l’entoure. La prison devient alors, ironiquement, un lieu de formation et d’émancipation.
On est constamment au plus près de sa psychologie. Malik parle peu de ce qu’il ressent, mais tout passe par la mise en scène, les regards, les silences. C’est toute la force du cinéma de Jacques Audiard. Montrer sans expliquer, faire ressentir sans verbaliser. On comprend instinctivement son évolution, ses dilemmes et ses transformations.
La mise en scène est d’une maîtrise impressionnante. Elle n’est jamais ennuyeuse et installe une véritable sensation de suffocation et d’enfermement. On ressent physiquement la pression constante qui pèse sur les détenus.
Le film joue également avec une dimension symbolique, notamment autour de la religion. Malik n’est pas présenté comme particulièrement croyant, mais il cherche une forme de justesse morale dans ses actions. Progressivement,
il devient une figure centrale, presque messianique. Il navigue entre les différents clans, les Corses, les musulmans et d’autres réseaux extérieurs, et finit par s’imposer comme une figure d’influence, presque un “prophète” du milieu carcéral car il rassemble tout le monde.
Une métaphore forte, qui fonctionne étonnamment bien sans jamais être appuyée.
C’est un film riche et dense, qui mérite sans doute plusieurs visions pour en saisir toutes les subtilités et nuances. Mais même à la première, il reste extrêmement accessible et captivant du début à la fin.