Il y a chez Sofia Coppola une fascination pour le vide, un goût assumé du flottement et du désenchantement, une manière de scruter le luxe comme un cimetière d’âmes en peine. Pourtant, avec Somewhere, cette approche se fige dans une posture, un exercice de style vidé de substance où l’errance devient un artifice et la contemplation, un prétexte à l’inaction.
L’idée, en soi, aurait pu être vertigineuse : capter l’épuisement d’un homme trop regardé et pourtant invisible, broyé par une célébrité qui n’a plus rien à lui offrir. Mais Coppola filme cette errance sans tension, sans point de rupture, sans réel regard critique. Son héros est un automate de l’ennui, figé dans des rites mécaniques, sans que jamais le film ne tente d’aller au-delà de cette vacuité.
Tout dans la mise en scène semble programmer cette inertie : plans fixes étirés, dialogues raréfiés, gestes qui se répètent jusqu’à l’épuisement du sens. Là encore, le cinéma de Coppola se drape dans un dépouillement qui voudrait frôler l’épure mais ne produit qu’un sentiment d’immobilité. L’un des plans les plus symptomatiques du film, celui où Johnny, sous un masque de moulage facial, disparaît lentement sous une couche de plâtre, se voudrait une métaphore saisissante de sa dissolution. Mais comme tant d’autres moments, il se fige dans une évidence creuse, une idée d’image plus qu’une image qui pense.
La musique elle-même, habituellement un des atouts du cinéma de Coppola, se dissout ici dans un accompagnement évanescent.
Seule l’arrivée de Cleo (Elle Fanning), la fille de Johnny, insuffle une respiration dans cette torpeur. Mais là encore, Coppola se contente de juxtaposer la pureté d’un lien filial à la déliquescence du mode de vie de son héros sans jamais questionner cette opposition. Cleo n’est pas un personnage, mais une fonction narrative : celle de rappeler à Johnny ce qu’il a oublié, de lui offrir un miroir dans lequel il pourrait, enfin, se voir.
Et lorsque Johnny, dans la scène finale, abandonne sa voiture de luxe sur une route désertique et marche vers un ailleurs incertain, l’image se veut poignante, ouverte, presque existentielle. Mais elle sonne faux. Car rien dans le film n’a préparé ce geste, rien ne permet d’y voir autre chose qu’un simulacre de résolution.