Qui est le film ?
Sorti en 2019, Ça, chapitre 2 prolonge l’adaptation du roman-monstre de Stephen King amorcée deux ans plus tôt par Andy Muschietti. Là où le premier film se concentrait sur l’enfance et la naissance de la peur, ce second volet se déplace vers l’âge adulte : trente ans ont passé, et les membres du Club des Ratés reviennent à Derry pour affronter à nouveau Pennywise. Ce retour se veut moins une suite qu’un bouclage, une tentative de réparer la mémoire et de solder les dettes du passé.
Que cherche-t-il à dire ?
Ça, chapitre 2 veut parler du pouvoir du souvenir, de la nécessité de se confronter à ses traumatismes pour se libérer. Le film affirme que la peur, une fois nommée, perd sa puissance. Mais cette idée, forte sur le papier, s’affadit dans la mise en scène : Muschietti illustre plus qu’il ne pense, répète plus qu’il ne découvre.
Par quels moyens ?
La structure du film repose sur la récupération fragmentaire du souvenir. Chaque personnage doit revivre une scène enfouie pour participer au « Rituel de Chüd », sorte de cérémonie destinée à vaincre Pennywise. L’idée est belle : affronter le monstre, c’est rejouer la scène du trauma. Mais la mécanique tourne à vide. Muschietti illustre littéralement chaque souvenir par un flashback explicatif. Le symbole s’épuise dans la répétition.
Le film cherche à interroger la quarantaine comme moment de désenchantement. Bill, rongé par la culpabilité, symbolise l’écrivain incapable de finir son histoire : métaphore évidente de King lui-même. Ses compagnons portent chacun un éclat de cette infantilisation persistante : peurs irrésolues, humour défensif, refus du deuil. Le problème n’est pas l’idée mais son exécution. Les acteurs se débattent avec une écriture qui ne sait pas faire respirer le temps. L’âge reste costume.
Bill Skarsgård reste fascinant par son corps disloqué et son regard d’enfant perverti, mais la mise en scène le transforme en attraction visuelle. Les apparitions, saturées d’effets numériques, perdent toute gravité. Pennywise n’effraie plus. Le monstre, censé incarner le refoulé, devient objet de consommation. Et avec lui s’évanouit toute possibilité de trouble.
Moment clé du roman, le rituel aurait pu devenir le cœur du film, la confrontation entre parole et peur, croyance et illusion. Muschietti choisit l’inverse : une séquence tapageuse, où la mythologie se réduit à un combat d’effets spéciaux. Le mythe devient gadget, et la spiritualité, un écran vert.
Derry est un personnage à part entière chez King : une ville qui produit le mal en le dissimulant. Ici, elle n’existe presque plus. Quelques plans généraux, quelques ruelles familières, et tout se replie dans des intérieurs sans épaisseur. Le film perd la dimension politique du texte : celle d’une communauté complice, d’un espace où la peur s’institutionnalise. Pennywise n’est plus le produit d’un monde malade, seulement un prétexte narratif.
Le film bascule sans cesse entre gravité et comédie. L’humour, souvent forcé, sabote la tension dramatique. Les séquences d’horreur, trop longues, finissent par se neutraliser elles-mêmes. Le montage, éclaté, empêche toute montée organique. Là où le premier Ça avançait avec la logique d’un cauchemar d’enfance, le second se disperse dans une logique de spectacle : on ne rêve plus, on assiste.
Si le film tient encore par endroits, c’est grâce à ses acteurs. Bill Hader parvient à injecter une sincérité désarmante dans son humour défensif, Jessica Chastain trouve dans le mutisme de Beverly une gravité juste, et James McAvoy incarne la culpabilité comme tension musculaire. Mais ces éclats restent isolés. Les personnages ne se rencontrent plus : chacun semble jouer son film dans le film.
Où me situer ?
Je regarde Ça, chapitre 2 avec un sentiment de lassitude fascinée. Tout ce qui aurait pu être matière (la mémoire, le vieillissement, le retour, la peur comme métaphore du social) se trouve englouti par la surenchère. Muschietti filme comme s’il devait compenser le manque d’idée par l’excès de moyens. C’est une œuvre qui confond profondeur et durée, intensité et volume.
Quelle lecture en tirer ?
Ça, chapitre 2 illustre un paradoxe du cinéma contemporain : vouloir soigner les blessures collectives avec les outils du spectacle industriel. Muschietti croit à la catharsis mais oublie la patience du regard.