Proxima est moins un film sur l’espace qu’un film sur ce que l’espace prélève. Alice Winocour détourne le récit d’exploit pour observer l’usure d’un corps féminin et maternel pris dans un dispositif institutionnel qui normalise, contraint et dépersonnalise. En refusant toute fascination spectaculaire, le film maintient l’espace hors champ et recentre le regard sur la Terre, sur l’absence à venir et sur le coût intime de la réussite.
Winocour ne filme presque jamais l’espace comme un horizon désirable. Il reste hors champ, abstrait, lointain, réduit à des maquettes, des écrans, des discours techniques. L’espace n’est pas un rêve mais une absence à prévoir. Plus le départ approche, plus il se définit par ce qu’il arrache plutôt que par ce qu’il promet.
Le film ancre ensuite son récit dans le corps de Sarah, magnifique d'interprétation. Les séquences d’entraînement sont répétitives, normées, presque ingrates. Elles ne célèbrent jamais la performance. Elles mesurent, testent, contraignent. Le corps féminin y apparaît constamment en négociation avec des protocoles pensés pour d’autres corps. La maternité n’y devient ni un moteur héroïque ni un obstacle à surmonter mais une contradiction sans solution, rendue habitable plutôt que résolue.
Par une mise en scène de l’enfermement, une circulation linguistique déterritorialisante et une désacralisation méthodique du mythe de l’astronaute, Proxima révèle ce que l’exploit invisibilise habituellement. Le film ne juge pas le désir d’aller plus loin. Il en expose le prix, intime, inégal, irréductible, et accepte que certaines réussites ne puissent exister sans sacrifices irréconciliables.