Spider-Man : No Way Home
D’un côté, le film brille par son ambition narrative et son fan-service historique ; de l’autre, il souffre de lacunes techniques et d'un montage parfois saccadé.
Le retour de Spider-Man Garfield et Maguire est d'une justesse désarmante. Leur interprétation est si naturelle qu'elle transcende le simple fan-service pour offrir une véritable dimension fraternelle au récit. C’est bien car cela transforme une réunion de super-héros en une véritable thérapie collective. Andrew et Tobey ne sont pas là pour la figuration, mais pour aider Tom à ne pas commettre leurs erreurs, donnant au sacrifice final un poids émotionnel inédit.
Les discussions entre les trois Spider-Man sont animées par une cohérence émotionnelle évidente. On sent qu'ils parlent le même langage, celui de la perte et de la responsabilité, ce qui donne à leur collaboration une épaisseur humaine inédite.
C’est top car cela permet au spectateur de vivre une catharsis. En partageant leurs deuils (Oncle Ben, Gwen Stacy, Tante May), ils guérissent ensemble, ce qui élève le film au-delà du simple divertissement pour en faire une œuvre humaine et profonde.
La mort de Tante May déclenche une colère brute chez Peter qui est salutaire pour le film. Voir ce héros d'ordinaire si solaire sombrer dans une rage noire face au Bouffon Vert apporte une épaisseur dramatique indispensable : on sent enfin que les enjeux sont réels et personnels.
Avec cinq antagonistes à gérer, le film tombe inévitablement dans l'effet "catalogue". Le développement de Doctor Octopus, Electro, le Bouffon Vert, l'Homme-Sable et le Lézard reste superficiel, car le récit ne leur laisse pas assez d'espace pour exister en dehors de leur fonction de menace immédiate.
La victoire de Spider-Man sur Doctor Strange dans la Dimension Miroir semble forcée. En réduisant la magie de Strange à de simples calculs géométriques que Peter peut anticiper, le film amoindrit la stature du Sorcier Suprême pour faciliter le scénario.
Quelques scènes d'action manquent de poids et de lisibilité. À force de privilégier les effets numériques (CGI), les affrontements perdent en intensité physique, rendant les coups moins percutants pour le spectateur.
On voit peu Peter avoir peur pour son secret, car son identité est désormais publique. Cette absence de mystère transforme sa crainte : il ne redoute plus d'être découvert, mais subit frontalement les conséquences de sa célébrité forcée.
Le retour de Tobey et Andrew repose sur une base fragile : le sort de Doctor Strange. Utiliser un simple oubli collectif qui "dérape" pour fusionner trois univers manque de nuance narrative. C’est un ressort scénaristique un peu trop pratique pour justifier un fan-service colossal sans réelle explication scientifique ou mystique solide.
Le scénario reste trop évasif sur la vie privée du Peter de Tobey Maguire. Dire que sa relation avec MJ est "compliquée" sans donner de détails concrets laisse un goût d'inachevé. On aurait aimé comprendre comment leur couple a évolué après toutes ces années, au lieu de se contenter d'une simple allusion mystérieuse.
Bien que le Peter d'Andrew Garfield évoque sa noirceur après la mort de Gwen, ce traumatisme manque de traitement visuel ou narratif. Le film survole sa douleur sans vraiment montrer l'impact psychologique de ses années d'errance, ce qui rend son évolution un peu trop rapide.
Le concept de soigner les méchants n'apporte rien à l'intrigue, car cela crée un non-sens scénaristique. Si on les renvoie au moment exact de leur mort dans leur univers respectif, les soigner ne change pas leur destin : ils mourront simplement "en bonne santé", ce qui rend tout l'effort de Peter Parker vain et dérisoire.
Fan-Service : Spider-Man: No Way Home à de bons dialogues avec les deux Spider-Man.