Erika, la quarantaine morose, vit avec sa mère, dort avec sa mère. Quelques indices sur la personnalité d'Erika, et le comportement de cette prof de piano nous étonne déjà moins. Sa dureté avec les gens sous-entend la frustration. La relation d'Erika avec sa mère nous renvoie l'image d'une vieille fille desséchée; puis celle qu'elle noue avec un jeune élève stigmatise la misère affective et sexuelle dans laquelle s'est enfermée la pianiste.
Le film d'Haneke devient vite le récit exclusif d'une liaison impossible, d'une relation sur le mode du "je t'aime, moi non plus". Dans une version "hard". Car si la psychologie attachée à l'héroïne d'Haneke n'est pas fait pour surprendre -ce qui limite l'intérêt du film- l'originalité du portrait relève de l'exposition très crue, voire provocante, de la sexualité d'Erika, comme on peut en juger par cette scène d
ans une cabine de sex-shop ou par cette autre, dans les toilettes du conservatoire.
Cet abîme névrotique, malsain, brutal, sinon sordide, où nous entraine le cinéaste en arrive à éluder presque les signes et les raisons de la passion entre Erika et Walter. Le personnage que joue Magimel semble même très secondaire, accessoire, quasi effacé par la performance osée d'Isabelle Huppert et la prépondérance de son rôle.
La mise en scène est à l'avenant du sujet: sans artifice esthétique ou autre. La sécheresse du montage et le découpage austère du récit, l'éclairage terne, déterminent un formalisme rébarbatif qui épouse, à dessein probablement, la laideur de l'existence de la pianiste, le caractère abrupt du personnage.